Dimanche 1 novembre 2009

L'autre jour, avec des potes, on débattait sur l'éternel sujet des privilèges des profs.
J'ai conscience d'un certain confort dans notre profession. Je sors toujours les mêmes arguments pas très virulents pour défendre un minimum notre fonction...mais sans conviction. Puis je me tais.

Or, j'ai réfléchi  un peu plus longuement à notre condition...suite à la rediffusion des nouvelles aventures de Loïs et Clark sur RTL9.

Superman est journaliste. Spiderman est photographe. SuperBoy est étudiant. Flash est chercheur. Catwoman est employée d'une compagnie de cosmétique.  Et  Batman et Zorro sont.... riches.

 

Connaissez-vous un super-héros, professeur des écoles ?

 

Notez que les seuls supers héros qui n'ont pas de pouvoir sont riches.  Bruce Wayne et Don Diego de la Vega ont en effet les moyens de jouer aux supers-héros.  La bat-mobile et Tornado ont plus de panache qu'une Clio grise avec un autocollant de la MAIF. Donc, si Superprof existait, il aurait des pouvoirs.

 

Or, d'autres inconvénients me permettent de penser que Superprof n'existe pas !

Au moindre cri de terreur, Superman pose son stylo, court dans une cabine téléphonique  (de plus en plus difficil à trouver) et se déguise en arrachant sa chemise.
Superprof, lui, serait obligé de répartir ses élèves dans les classes de ses collègues agacés. Il aurait pris soin que chacun ait un travail en autonomie pendant son sauvetage. Il devrait ensuite téléphoner à son inspection de circonscription pour signaler son absence. Autant dire que le cri de terreur se serait transformé depuis longtemps en boullie sanguinolente au bas d'un immeuble, quand Superprof arriverait.

Et les vacances. Imaginez la réaction des habitants de Chaumont ou Pontarlier quand leur Super-Héros local serait absent plus de 4 mois par an.
Imaginez Jean-Pierre, dans un ultime avertissement à sa femme infidèle, qui s'élance du plus haut toit de Loches ou Vierzon en ayant prévu que Superprof le sauverait et que sa femme épleurée  le retrouverait en bas de l'immeuble pour le prendre dans ses bras et s'excuser pendant que notre héros s'éclipserait discrètement.
Or,  Jean-Pierre a mal choisi la date de sa mise en scène. Superprof est un aoûtien et il est en train de sauver Cindy d'une piqure de méduse sur une plage de la Grande Motte.

La valse incessante des profs soumis au rythme des mutations est aussi un frein pour  Superprof.

La vie d'un super héros n'est pas facile au début de sa carrière. Il doit se faire connaître. Dans un premier temps, il terrorise malgré lui les habitants de sa ville. Normal ! Un mec en pyjama qui vous tend la carte bleue qu'un type venait juste de vous voler avant que le même type en pyjama lui fasse les gros yeux (rouges) qui l'ont statufié.... Avouez que ce n'est pas rassurant.

Ensuite, il y a les forces de l'ordre qui vous mettent des batons dans la cape.

Après, la population commence à comprendre votre réelle motivation : Oeuvrer pour que le bien domine dans leur ville pleine de vilains brigands. Vient alors le fanatisme. Les autographes, les groupis, les paparazzis, les nanas qui sautent volontairement dans le vide pour avoir vos faveurs. Il suffit de quelques corps de fans écrabouillés sur le trottoir pour calmer les imposteurs qui ont compris que vous n'étiez pas dupe.

Enfin, la phase de banalisation arrive. On vous connait, on vous respecte. Le boulot peut enfin se dérouler dans le calme.

 

Si Superman avait voulu être instit, il aurait sûrement fait sa deuxième année d'IUFM a Métropolis. Mais dès l'année suivante il aurait été muté à Montbéliard, Vesoul ou Lons le Saunier dans le meilleur des cas et Mouthe, Maiche ou Chauneuve dans le pire des cas. Pas le temps de se faire accepter par les autochtones qu'il faut déjà  bouger à la rentrée suivante..

 

Les supers héros ont compris depuis longtemps que prof n'était peut-être pas le plus beau métier du monde.

 

Par Walter - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Samedi 24 octobre 2009
Quatre autour d'une table. Des cadavres de bouteilles qui jonchent le sol. Chacun un verre à la main, on refait le monde.
De la politique à l'actualité people en passant par le mouvement vert, tout y passe.

Jérôme : Non, mais on devrait taxer les salaires des grands patrons... Avec ce qu'ils gagnent, ils verraient même pas la différence.
Karim : Ouais ! Et on reverserait tout ça dans la technologie des énergies renouvelables pour que ça change, toute cette merde !
Bruno : Ouais, de toutes façons, ca va pas tenir longtemps comme ça...On va faire la révolution.
Moi : Sinon, on peut aller en boîte.

C'est comme ça que quatre types amorphes près à s'endormir le nez dans leur verre, se retrouvent à sauter partout sur une piste de "danse" en chantant à tue-tête "Partenaiiiire particuliiiier.....".

A nous quatre, ça faisait bien un siècle qu'on avait pas mis les pieds dans ce genre de lieu de débauche. Alors, comme on n'y est pas tous les vendredis soirs, autant se débaucher pour de bon !

On massacre le répertoire français, on caricature la tektonik, on pogotte pendant les slows, on va danser dans la cage, sur les baffles, dans les toilettes, on boit un peu.... Bref on se fait remarquer. Puis les lumières s'allument.

Déjà ! Un coup d'oeil sur le portable. Trois heures cinquante.... Ah ouais quand même !

A deux pas de la sortie, presque libre, le videur vient droit sur moi.

Le videur : T'es prof, toi !
Moi : ....

Je baisse la tête et regarde si j'ai mis mon T-shirt Education Nationale. Non, pourtant !
Comment il a deviné. Je pensais être incognito. J'avais cru avoir effacé toutes traces de profitude dans mon attitude.
J'avais rasé ma barbe. Echangé mes lunettes contres des lentilles. Mon pantalon de velours contre un jean déchiré. J'avais même mis du déo pour éviter les auréoles sous les bras (au cas où j'avais dû faire la célèbre chorégraphie des Village People sur YMCA).

Moi : Ben, comment vous savez.... monsieur ?
Le videur : Tu me reconnais pas ?

Un flash. Ca y est, je le remets. Les rôles s'inversent.
Je descends dans le hall de l'école pour libérer les mômes. Un type se pointe vers moi.

Le type : Bonjour, monsieur. Je suis le nouveau surveillant de cantine. N'auriez-vous pas la clé du local à matériel. Je n'ai pas encore la mienne.
Moi : Si, tiens. Fais gaffe, faut forcer un peu. Tu m'envoies un gamin pour la ramener.

Retour en boîte.

Moi
: Ah oui ! Le surveillant de cantine.... Vous bossez là aussi !
Le videur : Oui, à l'occasion... Mais toi, qu'est ce que tu fais là ? Enfin, je veux dire...en boîte de nuit !
Moi : ....
reMoi : Je danse, je bois, je saute partout, je rebois, je fais un lap-dance avec le pilier près de la piste, je manque de vomir, mais non ça va mieux, alors je rerebois, je colle une nana pendant  un zouk, je me fais taper dessus par son mec, je rererebois, je danse, je chante, je renverse mon verre, j'essaie un zouk avec un mec, encore un échec, je rerererebois, je danse.... La routine, quoi !  Tout ce que les gens normaux font quand ils viennent en boîte de nuit ! Non ?
Le videur : Ouais, ouais je comprends...mais bon....comme t'es prof, je me disais.....

Et voilà, on en revient toujours au même !
Dans la tête des gosses, des videurs et même de certains parents , un prof, à 16h30, il se met en mode veille dans une boite en carton au fond d'un placard de la salle de classe jusqu'à 8h20 le lendemain.

Alors quand on a le malheur de faire ses courses au Cora comme la plupart des gens normaux, ça peut donner ce genre de scène :

Une voix : OOOOH   LE MAITRE !!!!!!!

Je me retourne. Je vois un de mes élèves bouche bée, les yeux ronds comme des boulons, frappé de stupeur...

Sa mère (qui lève la tête) : Ah oui, tiens ! Le maître...
Son mari (tout aussi surpris) : Ah oui, le maître.
Moi : Euh bonjour....

En général, ils restent une dizaine de secondes immobiles, la bouche ouverte...et lorsqu'ils sortent de leur torpeur, je suis déjà à la caisse.

Mais, je pense que cela peut très vite dégénérer.
Imaginez, un type un peu influençable qui voit un couple et son gosse scotchés devant un mec qu'ils appellent maître. Le type influençable se met en mode secte et  s'immobilise devant le maître en disant " Oh le maître !" En moins de 5 minutes un vingtaine de  personnes sont à vos pieds et acclament votre fonction "Maître, maître, maître..."

La voix du magasin
: Nous informons notre aimable clientèle que le maître nous fait l'honneur de  faire actuellement ses courses dans notre cher magasin. Il se trouve actuellement au rayon des couches culottes, des cotons tiges et des serviettes hygiéniques. Pour l'occasion, et uniquement pendant dix minutes, profitez de l'offre : Un paquet de tampons offert pour l'achat de deux serpillères. N'hésitez pas à les faires dédicacer par le maître.





Par Walter - Communauté : L'Essaim d'Esprits
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Jeudi 22 octobre 2009
Je connaissais le gamin depuis le mois de septembre. Je pensais alors avoir tout vu dans le genre "Comédien".... avec une majuscule s'il vous plaît.

Mieux que la plupart des acteurs oscarisés, césarisés, oursisés ou goyasés, mieux qu'un joueur de foot italien se roulant sur la pelouse en pleurant et  réclamant entre deux sanglots un penalty et un carton rouge pour son agresseur, et mieux qu'un homme politique lambda annonçant la reprise de l'activité avant la fin du deuxième trimestre 2009....j'ai nommé le talentueux, le célèbre, le magnifiiiiiiiique  Anthony.

Le roi du cinéma. Le prince du théâtre. Un acteur né. Un comédien de l'extrème.

Une tâche d'encre sur son cahier, il nous improvise une tragédie grecque.
Une égratignure au genou, c'est une scène gore des plus crédibles films d'horreur.
Une remontrance par le maître et je revois le visage larmoyant  de Brigitte Fosset dans Jeux Interdits.

Un poil cabotin mais carrément fatigant. J'ai décidé de rencontrer son père.

Acte 1. La rencontre.
Anthony et son père entrent dans le préau côté cour, pendant je m'y engage coté cantine.
Une poignée de main de grande envergure. Je lui montre la direction d'un rapide coup d'oeil. Il fait tourner son imper d'un geste du bras et  pivote pour se diriger à grandes et rebondissantes enjambées dans la direction indiquée.

Je comprends alors beaucoup sur l'attitude du gamin.
Je vire gentiment la femme de ménage de la classe. J'ajouterais que vu  l'état de coincitude de cette pauvre femme, le balai qui devait servir à taper les trois coups pour entamer la pièce, doit être bien ficher dans son ... !

Ensuite, j'énumère au père d'Anthony les différents événements pouvant résumer le comportement de son fils et justifiant ainsi sa présence dans ma classe.
Son visage passe par toutes les émotions du dictionnaire.
Il fronce, sourit, refronce, ouvre la bouche de stupeur, ricane, soupire, lève les yeux au plafond, se prend la tête dans les mains, s'essuie une larme, s'étonne, semble contrarié puis fâché....

Entracte.

A la fin de mon monologue :

Le père : Excusez-moi, je dois me rafraîchir un peu. C'est trop d'émotions. Je ne croyais pas mon fils capable de ça.

Il sort. Je regarde Anthony d'un air étonné. Ce dernier me refait le coup de Brigitte Fosset et de Ponette.

Acte 2 : Le sermon.

Trois minutes plus tard, son père revient.
Maquillé, coiffé, remonté à bloc. Il a du réviser son texte dans les coulisses. Il est sorti abattu, le voilà conquérant, déterminé. Il s'agenouille dans une glissade, se colle le dos de la main sur le front en levant la  tête.et se lance  dans une tirade adressée à son fils.

Le père : Ô mon fils, mon fils, mon fils. Comment as-tu pu ? Comment, Ô Anthony le fruit des entrailles de ta mère. Nous t'avons tout donné ! Tout ! Tu entends ? Nous t'avons tout donné, pourquoi nous as-tu tout repris ?
Moi (en apparté) : C'est du Rock Voisin, ça !
Le père : Pourquoi ? Que te manque-t-il ?

Un long moment de silence. Les mains dans les cheveux, il semble méditer.

Le père : Peut-être es-tu trop gâté, trop chouaillé (un temps), trop aimé ! Peut-être, oui ! Trop aimé. Mais il ne faut pas que notre amour t'empêche de bien te comporter en classe. Tu dois porter ce poids dignement et sans honte. L'amour de parents aimants est parfois difficile à porter, je le sais. Mais tu es fort, solide. Tu vaincra. Tu te reprendras.

Final :

Le père et Anthony (pleurant pour de bon cette fois-ci) se tombent  dans les bras.

Anthony
(braillant et sanglotant ) : Prooomiiis Papaaaa ! Promiiiis ! Je te juuuuuure !

C'est alors que je me lève devant cette scène, et oubliant mon rôle dans la pièce, j'applaudis à tout rompre.

Rideau.



Je précise que ce n'était vraiment que du cinéma.
Pour preuve, les promesses faites dans cette oeuvre dramatique n'ont jamais été tenues.






Par Walter - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Dimanche 18 octobre 2009
Vous est-il déjà arrivés d'être invités à un mariage dans lequel vous ne connaissiez personne...mis à part le marié lui-même.

Si la réponse est non, je vous fais partager cette triste expérience dès maintenant.

Après la cérémonie éclair de la mairie, les mariés qui veulent proifiter du plus beau jour de leur vie, nous convie à l'église. Et, là, ils profitent. Entre lectures de potes, psaumes de curé, chanson d'Hélène Segara et quête de clergé, on a le temps d'apprécier l'architecture gothique ou romane ou cubiste....Bon, on apprécie, on caille, on prie, on se lève, on s'assoit, on se met sur la pointe des pieds pour  voir le bisou, on applaudit, et on fait la queue pour féliciter (et saluer par la même occasion) les mariés que l'on a n'a pas encore vu de la journée.

Mon pote d'enfance me fait part d'un "bonne nouvelle".

Mon pote : Tu verras, pour le plan de table, j'ai fait un tour de force. Tu seras ravi. Je te laisse la surprise. Allez, à plus tard.

Je crains le pire. L'apéro fini, je me dirige vers ma table. Elle est déjà presque complète. Et là, planté à 5 mètres de ma chaise, je hume la surprise. Devant moi, assis sans trop se parler, mal à l'aise, 9 personnes se jaugent, se regardent, se sourient bêtement. Les couples chuchotent.
La surprise : un condensé de l'éducation nationale. Je le vois à l'oeil nu.

Tant pis, je m'assois. Peut-être qu'on évitera le pire si personne ne parle de sa profession. Je n'y crois pas.
Et j'ai raison. Dix minutes plus tard, les présentations sont faites. On ne connait pas nos prénoms...mais juste nos fonctions.

Un directeur d'école primaire. Un maître G. Une itinérante en anglais. Un brigade. Une ZIL. Un maître E. Une IMF et j'en passe. Un panel complet du premier degré et de toutes ses fonctions. Chacun vante l'utilité et la difficulté de sa spécialité. Puis on s'interesse à moi qui me suis tu jusqu'à présent.

Une nana : Et toi ?
Moi : Juste prof des écoles ...en CM.
La table : ....
La nana (mal à l'aise) : ah....c'est bien ...aussi !

Les présentations faîtes. L'unique sujet de la soirée semble lancé. Et on n'en sort pas. Pas même pour aller au buffet ou pour danser pendant les interludes. Tout y passe, anecdotes, coups de gueule, réflexion pédagogique.... Voici un résumé :

Les élèves ne sont plus ce qu'ils étaient du temps où on était nous-mêmes élèves.

Les parents ont pris le pouvoir dans les écoles.

Les programmes sont inapplicables.

Le ministre est un con.

Les syndicats sont des incapables.

La profession est dévalorisée....

Et j'arrête là, avant que vous vous mettiez à pleurer sur nos tristes conditions laborales.

Un mec (soucieux de m'intégrer dans la conversation) : Et toi ? T'as pas des anecdotes ou ....
Supermoi : Si bien-sûr. Mais depuis que j'ai collé la pub sur mon blog, je lui réserve l'exclusivité de mes histoires d'école. Je vais pas prendre le risque de perdre un nombre incertain de lecteurs en dévoilant en exclusivité le contenu de mon blog à neuf personnes que je ne connais même pas. En plus, j'avais espéré passer une soirée loin du boulot. Dans un salle des fêtes miteuse de la France profonde, j'avais espéré qu'on critique la robe de la mariée, qu'on crache sur le DJ et son animation bidon, qu'on boive sans excès ce bon vin d'Arbois, qu'on chambre le cousin du marié qui vomit sur sa voiture... Mais malheureusement j'ai eu la surprise de tomber en plein conseil d'école.
Moi : Euh, non.... tu sais je ne suis que prof des écoles...normal....j'ai pas grand-chose à dire.

Vers la fin de la soirée, les places changent. On va à droite à gauche vers ses connaissances. Moi, je n'en ai pas mais je ne veux pas moisir avec "mes collègues". Je  me  jette sur une chaise vide.

Malheureusement, j'arrive après la guerre. Tout a déjà été débalé. La coupe de la mère de la mariée, le zozotement du curé, le champagne bon marché, la stupidité des traditions telles la jaretière ou le pot de chambre, l'embonpoint de la marié qui ressemble à un épave de galion englouti en cette fin de soirée.

Sans le savoir je vais relancer leur soirée.... à mes dépens.

Un mec : Ah...tu es le pote d'enfance de Benja (le marié) ?
Moi (content qu'on me reconnaisse) : Ouais !!!
Un mec : T'es prof, c'est ça ?
Moi (tombant dans le piège) : Ouais et toi ?

Mais ma question, il s'en fout. Ils viennent de trouver un autre sujet de discussion. C'est reparti pour un tour :

Les vacances excessives.

Le nombre d'heures hebdomadaires.

Les privilèges des fonctionnaires.

Les mauvais profs qui ne savent pas faire leur boulot.

Les profs qui se plaignent sans arrêt....

Mais j'arrête là, car je vous vois déjà  hocher la tête en disant "Ah ouais, c'est clair...ah ouais...c'est vrai tout ça !"

Puis le mec qui m'a reconnu, détruit tout leur argumentaire savamment construit sur un tas d'idées reçues, en disant :
"En même temps, je me vois pas 6 heures par jour devant 25 gamins".

On est d'accord. Mais je pars quand même.
Je vais voir mon pote en prétextant du boulot. Genre, je dois préparer le lundi, je suis peut-être inspecté. Il comprend...en souriant et me sert la main en me remerciant ...avant d'ajouter en guise de conclusion :

"Sacrés profs, va !"



Par Walter - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Jeudi 15 octobre 2009
Parfois, quand la classe semble calme, je sens qu'il se cache quelque chose d'autre. Une tempête de boulettes de papier se prépare. Un petage de plomb de Ludo se dessine. Un élément perturbateur gazeux se faufile entre deux muscles fessiers.

Parfois, je plisse les yeux. Je me mets en retrait, prêt à protéger mon visage avec les mains. Ou à me jeter sous mon bureau (comme dans les consignes de sécurité japonaises)....pourtant rien ne vient. Ni boulette, ni Ludo, ni pet !

Je constate alors qu'ils sont tous en train de rêvasser, le nez en l'air et le stylo sur le cahier déposant une belle tâche bleue.

Alice (en maths) : Les fractions....pff les fractions. Je comprends rien. En plus, les pizzas à 10 heures du matin, ça me donne plutôt envie de vomir. Il ne peut pas dessiner des galettes aux chocolats pour parler des fractions. ....Tiens, mais j'y pense ! Mon cousin, il est en prison à cause des fractions. Il est rentré dans un appartement avec des fractions et le voilà au trou. Et ben, je pensais pas que le maître nous apprenait ce genre de chose. Bientôt il va nous apprendre à voler au Cora. Moi, je volerais du maquillage. Je le mettrais dans ma poche. Mais si la police m'attrape ! La honte dans le quartier. Ils viendraient me chercher dans le car de la police....Devant chez moi tous les voisins verraient un car....

Moi : Alice ! Peux tu me dire à quoi est égal 2 huitièmes ?
Alice : euh...un car !
Moi : Ouais, j'avais l'impression que tu suivais pas. Fais attention !

Medhi (en littérature) : Pff, Charlie et la chocolaterie, je l'ai vu en 2 heures à la télé...et là ça fait 3 semaines qu'on est sur le livre et Charlie n'a toujours pas trouvé le ticket d'or... C'est méga long. Moi ça me tarde qu'il entre dans la chocolaterie. Ce serait trop bien que ça existe. Une usine rien que pour des bonbons, avec une rivière de caramel, des escaliers en berlingot, des sentiers en guimauve. Mmmm ! Tiens ça me donne faim... Maintenant, j'ai la dalle....

Moi : Medhi, excuse-moi de te réveiller. Peux-tu me rappeler qui est l'auteur de Charlie et la Chocolaterie ?
Medhi : ...la dalle !
Moi : Mouais, Roal Dahl... attention à la prononciation !

Ludovic (en sciences)
:  Trop bien, les éoliennes. Si j'avais un avion avec une hélice comme ça... Ouaaah !  Je suis Eoliennator, et je suis le plus fort. Prends garde à toi Nucléor ! " Eoliennator, je vais te tuer et tu seras mort".... "Quoi, t'as insulté ma mort, Nucléor !" " Ouais, et je le referai dès qu'on sort ! " " Fais gaffe à toi, alors" " Et ne sois pas en retord"....

Moi : Rem rem.... Ludo...ouhouh Ludo... Tu peux répondre à la question ?
Ludo : ....
Moi : Je vois... Comment s'appelle la  partie tournante de l'éolienne ?
Ludo : retord...
Moi
: Le ROtor...ok, tu as de la chance !

Walter (en animation pédagogique) : Le système cognitivoquoi ? Laisse tomber, j'ai l'impression qu'ils ont tous compris sauf moi. Pff, plus que 2 heures et quart. Encore un mercredi matin foutu en l'air. Pas une once de distraction par ici,. Ils sont tous à fond dedans. Vivement cet après -midi que j'aille faire un peu de sport. Peut-être qu'en VTT je tomberai sur une jolie fille perdue dans les bois, en robe de soirée décoletée, qui me regardera avec un regard supliant :"Où qu'on est ?". Je lui montrerai ma carte, jeterai un coup d'oeil sur sa poitrine pendant qu'elle se penchera pour lire la légende. Elle me sourira et je me mettrai au diable ma timidité pour lui....

La conseillère pédagogique : Monsieur Walter ! Monsieur Walter !  J'attends :
Moi : Vous attendez quoi ?
La conseillère péagogique : Votre réponse à la question : Comment augmenter l'attention des enfants pendant une phase d'enseignement frontale ?
Moi :....
La conseillère pédagogique : Soyez, un peu plus attentif s'il vous plaît ou je serai obligée de le signaler à l'inspectrice.

Comment ils font les mômes ? Ils sont trop forts.




Par Walter - Communauté : La salle des maître(sse)s
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