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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 07:30

En 2002, une certaine ministre déléguée à la famille, tombée dans l’oubli depuis, a instauré le congé paternité en plus du congé de naissance. Après en avoir profité une fois en 2010, j’ai remis le couvert il y a peu, bien décidé à bénéficier de ce dispositif une nouvelle fois. La loterie de la fin de grossesse et le hasard du calendrier m’ont permis de rester cinq semaines consécutives loin de ma classe (vacances comprises, je vous rassure).

 

Cinq semaines, c’est presque autant que pour les vacances d’été. La température et l’ambiance estivales en moins. Alors pas question de louer un mobil home dans le sud de la France, même si, au mois de novembre, les prix sont enfin abordables. Pas question non plus de balades à vélo, de pique-niques champêtres ou de couchers de soleil lascifs dans la fraîcheur tombante du crépuscule. Non, le mois de novembre n’offre qu’humidité, nuit précoce et raclette au fromage aux oisifs vacanciers hors-saison.

 

Cela dit, me direz-vous, le congé paternité, dans l’esprit de la fameuse ministre déléguée, avait un autre objectif que de permettre à l’heureux papa de vaquer à de futiles activités divertissantes. Dans mon esprit aussi, cela va de soi. Je m’attendais à dorloter, changer, cajoler, consoler, changer, nourrir, changer, baigner ma toute neuve progéniture. Fidèle au complément du nom accompagnant mon congé, je m’attendais à paterner.

 

C’était sans compter sur la pulsion réactionnaire, un poil extrémiste, carrément antiféministe de ma compagne qui m’a dit :

 

Ma compagne : Les couches, les tétées, les vomis et les câlins, je m’en occupe. Le rôle du père, c’est de finir les travaux dans la maison qu’on vient d’acheter.

 

Du coup, j’ai passé les trois dernières semaines dans une maison vide à faire des travaux. Trois semaines dans la peau d’un artisan constructeur de maison. Un peu comme dans l’émission Vis ma vie. Trois semaines à vivre  la vie de Marc-Emmanuel Dufour, le type de l’émission Tous ensemble. http://s.tf1.fr/mmdia/i/28/0/tous-ensemble-fait-sa-rentree-le-14-septembre-a-17h50-sur-tf1-10979280tbnmh_2568.jpg?v=1

 

Cela dit quand je parlais de mes travaux à mon entourage, les gens tiquaient sur le mot « travaux ». Ils me parlaient gros oeuvre, maçonnerie, carrelage et électricité. Je leur rétorquais tapisserie, parquet, peinture et linoléum.

 

Mon entourage : Ah oui…de la déco, pas des travaux.

 

Alors, fhttp://www.ninapeople.com/i/2008/9/5959_s.jpgace à leur dédain, pour ne pas perdre la face je m’empressais d’ajouter qu’il y avait aussi un peu de plomberie. Sans préciser qu’il s’agissait juste d’un joint à changer, mais résigné à participer pendant trois semaines à « Vis ma vie de Valérie Damidot ». A passer un petit mois dans la confortable et spacieuse peau de la joviale animatrice de télévision.

 


Au début, ma nouvelle activité me convenait parfaitement. Mes outils de travail étaient d’un calme rassérénant. Contrairement à mes élèves, les murs ne bavardaient pas, les pinceaux ne se battaient pas et  la colle ne me répondait pas. Quand je me trompais dans la découpe d’un lé de papier peint, il finissait à la poubelle. Et aucun risque qu’à la sortie son père ne vienne me demander des comptes. Je rêvais alors qu’à l’école on puisse chiffonner et jeter un élève en difficulté puis en découper un tout neuf pour le remplacer. Je rêvais que les bavardages des élèves puissent se diluer dans l’eau comme la peinture dont on cherche la bonne teinte. Je rêvais que les apprentissages s’emboîtent dans les mômes comme des lames de parquets, avec un simple coup de marteau.

 

Je me voyais finir ma vie professionnelle dans des maisons vides à rénover.

 

Deux jours plus tard, je carburais aux antidépresseurs. J’étais à bout. Seul. Au bord du gouffre.

 

Je n’en pouvais plus de ces dociles rouleaux qui se laissaient malmener sur les murs sans rien dire, de ces lés de papier peint uniformes et sans personnalité qui se rangeaient selon mon bon vouloir sans même moufeter, de cet escabeau soumis et silencieux que j’escaladais sans scrupule. Je n’en pouvais plus de ces pièces vides aux murs bruts où résonnait jusqu’à m’étourdir la solitude qui m’assaillait.

 

Mais surtout, je n’en pouvais plus de mes mains autrefois délicates, devenues rêches, écorchées et douloureuses.

 

J’étais en manque. En manque de cris, de différences, d’irrespect, d’incompréhension. En manque d’humains. D’humains de dix ans. Et d’adultes aussi. En manque de mes collègues. De les critiquer, et qu’ils me critiquent.

 

Mais surtout en manque de douceur pour mes mains désormais calleuses et râpeuses. Ces mains aux longs doigts de pianiste qui faisait la fierté de ma mère dans mon enfance, mais qui n’ont jamais joué que de la flûte à bec et de la guitare.

 

De retour dans mon école, vendredi dernier, pour faire le point avec ma remplaçante, dans le couloir, j’ai croisé mes élèves surexcités avec un grand sourire candide, j’ai serré Monsieur Janti dans mes bras, j’ai embrassé chaleureusement Madame Lafeuille, et j’ai même fait la bise à Directrice.

 

Et lorsque ma remplaçante m’a remis les clés de l’école, j’ai trouvé le moment hyper solennel. Même si elle a un peu mal galéré pour la retirer de son trousseau duquel pendait un énorme porte-clés Falbala, il y avait quelque chose de cérémoniel. J’ai eu l’impression qu’elle me rendait ma vie.

 

Ma vraie vie.

 

Ma vie de professeur des écoles.

 

http://souklaye.files.wordpress.com/2009/04/segolene-royal.jpg

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 16:55

 

Pour cause d'heureux événement, je n'ai pas écrit d'article depuis une quinzaine.

Mon congé paternité m'éloigne de ma source d'inspiration, du coup je sèche.

 

De plus, les fêtes approchent et il serait temps de penser à faire la promo du livre dont je suis l'auteur, ouvrage qui figure dans ses deux versions dans la colonne de droite sur votre écran.

 

Trois bonnes raisons (la naissance, la panne d'inspiration et la publicité) de vous proposer un extrait des Tribulations d'un futur papa (réintitulé Au secours, journal d'un futur papa gaga dans sa deuxième version).

 

 

Jour 169 : Comment tu t'appelles ?

 

Le choix du prénom. Le choix d'un « cadeau » pour la vie. Pour le coup, c'est vraiment le seul cadeau qui plaît à celui qui l'offre et pas forcément à celui qui le reçoit. Et pas de service après vente. Pas de retouche. Pas de bon d'échange. Même pas un « Ça te plaît ?? » poli.

 

Juste un prénom qui te tombe sur la tronche sans vraiment que tu t'en rendes compte. Il s'insinue dans ta vie comme si c'était normal, comme s'il émanait d'une décision divine ou d'un ordre supérieur. Jusqu'au jour où tu te rends compte que Dieu n'y est pas pour grand chose dans ce choix et que l'être supérieur qui est à l'origine de ton prénom s'appelle Aaron Spelling le célèbre producteur de séries américaines telles que Beverly Hills 90210, Melrose Place, Sunset Beach, Charmed, Sept à la maison ou encore les Frères Scott, et bien d'autres séries, sources intarissables de prénoms à la mode.

 

Mais comme tous les parents. On ne va pas attendre l'avis de notre chérubin avant de lui attribuer un prénom. Pendant 15 ans, il sera difficile de ne pas l'appeler.

 

Alors on fait appel à plein de références. Phonologique, orthographique, biblique, personnelle, cinématographique...

 

Et chaque fois que l'un de nous pense à prénom, on recherche les difficultés éventuelles à le porter.

 

La dame de l'administration : Comment tu t'appelles ?

Kristèlhe :: Kristèlhe.

La dame ( écrivant) : Chri – stelle...

Kristèlhe : Non, non ! K-R-I-S-T-E-accent grave-L-H-E

 

La maîtresse : On dit Ja-Zon ou Djeï-zone ?

Jason : Jâ-zôôône, Maîtresse, je viens du Haut-Doubs.

 

Le père de Brian : Mon fils est au collège. Y'a plus de la moitié des profs qui l'appellent Brillant.

Le père de Brâillane : Moi, j'ai trouvé la solution.

 

La maman : Elle s'appelle Pom' !

La dame de l'état civil : C'est pas possible, Madame. Désolée de vous couper dans votre élan originalo-artistique mais l'apostrophe est interdite dans les prénoms.

La maman : Bon, ben Pomme.

 

La difficulté pour tout enseignant, c'est que chaque prénom rappelle à un cas souvent grave qu'il a rencontré dans sa carrière (même courte).

 

Elle : Valentin, t'aimes bien ?

Moi : Valentin ? Ah non ! J'en ai un qui m'avait pris les phasmes de la classe pour des bâtons de réglisse et qui les avait sucer à la récréation.

Elle : Et Hugo ?

Moi : Lui, je l'avais surpris dans les toilettes en train de se peigner avec la brosse à chiottes.

Elle : Et Diégo

Moi : … ben non, j'en ai jamais eu !

Elle ( espérant ) : Et ça te plaît ?

Moi : J'en ai jamais eu en classe mais j'en connais un qui s'est qualifié en demi-finale de la coupe du monde de foot 1986 en faisant une main. Ensuite il a grossi et il est tombé dans la drogue.

Elle : Tu nous arranges pas la tâche, tu sais ?

 

Alors on essaye de se mettre à la mode. On invente des prénoms à partir d'autres noms.

 

Elle : Et si on faisait un mixe des grands-pères si c'est un garçon.

Moi (ironique) : Voyons ? Bernard et Alain ! Tu préfères quoi ? Berlain ou Anard ?

Elle : …

Moi : En plus, c'est déjà pris.

 

Du coup, on cherche dans les consonances qui nous plaît.

 

Moi : J'aime bien les prénoms en A.

Elle : Ouais, mais y'en a à foison en ce moment des prénoms de filles en A.

Moi : C'est vrai... mais pour un mec ?

Elle : T'en connais ?

 

Après plusieurs heures de recherche, je n'ai qu'un prénom dans ma liste.

 

Judas.

 

Masculin, court, qui se finit en A, bonne sonorité avec le nom de famille, pas trop connoté, pas beaucoup porté. En tous cas je n'en connais aucun. Presque parfait. Dommage, mais après des recherches sur l'origine, Google me renvoie à de nombreuses références bibliques. On préfère un prénom païen. Comme Sabrina par exemple. Qui rappelle plus la célèbre interprète toute mouillée de Boys Boys Boys qu'une figure quelconque de l'ancien testament. Du coup, Judas passe à la trappe.

 

Au final, on décide de penser à contre-courant. Comme tout le monde recherche l'originalité, on se dit que les prénoms les plus portés du moment vont bientôt tomber dans l'oubli. L'originalité de notre enfant sera qu'il s'appelle comme tout le monde... avant.

 

Un petit tour sur internet et les statistiques de l'année 1959 met fin à notre torture mentale quotidienne.

 

Notre enfant s'appellera Philippe ou Brigitte.

 

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23 octobre 2013 3 23 /10 /octobre /2013 07:30

Déjà en vacances !

Voilà ce que j'entends depuis cinq jours de la bouche de tout le monde et de n'importe qui.

Alors, dans un moment de faiblesse, je me suis mis du côté des détracteurs d'enseignants. Me laissant submerger par la dictature de la masse, je me suis rallié au plus grand nombre et dans un élan de culpabilité, j'ai crié... ou plutôt, j'ai chanté qu'on avait trop de vacances.

Bonne écoute et bonnes vacances (malgré tout) :



On n'est pas fatigués

Ça commence par la Toussaint  et ça nous coupe dans notre entrain.
Deux semaines de repos forcé, on vient à peine de s'échauffer !
Des vacances en plein automne, même en gros pull moi je frissonne
Quand j'traverse le cimetière avec  des fleurs... pour ma grand-mère.

En décembre, le vent d'hiver ne me rend pas trop impatient
D'me r'trouver dans deux semaines et sans travail et sans élèves
A m'ennuyer comme un rat mort en attendant qu'l'année s'achève.
En espérant trouver dans mes cadeaux... un nouveau boulot.

Refrain :
Quatre mois par an à buller comme des retraités
Seize semaines au moins, à rester loin du turbin.
Faut pas abuser des bonnes choses.
N'abusons pas des trop longues pauses !
A quoi ça sert de s’arrêter...
On n'est même pas fatigués.

Puis on enchaîne en février, à peine l'année est entamée
On n'arrête pas de s'arrêter, c'est un vrai rythme saccadé
On envahit la montagne, on la capture avec des cordes
A quoi ça sert d'aller là-bas, moi j'sais même pas faire de snowboard !

A Pâques on laboure le jardin à la recherche de p'tits lapins
Ça prend 10 minutes quasiment, qu'est-ce qu'on va foutre le reste du temps
Attendre gentiment le printemps qui doit se pointer normalement
Et trépigner sur notre banquise, impatient d'voir venir la r'prise.

Refrain

 

Voilà en fin des vrais vacances, des au soleil, des qui sentent bon
La crème solaire, le romarin, et l'air marin et le melon
Mais huit semaines à ce rythme-là, c'est inhumain c'est bien trop long
Vivement la rentrée pour se pauser, on commençait... à fatiguer.

Refrain

 

http://www.musicplusfrance.com/wp-content/uploads/2007/02/photo-pour-site-054.jpg

Que vous culpabilisiez oui non d'avoir autant de vacances,
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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 16:00

Quand je rentre dans la classe ce matin, mes yeux pétillent lorsqu'ils tombent sur le tableau de devoirs. C'est cette phrase qui les met en émois : "Pour jeudi 17 octobre, apporter des gâteaux de l'Aïd au maître".

Ce ne sont pas seulement mes yeux qui sont aux anges. Mon ventre aussi. Mon estomac, en fait. Que je n'ai pas rempli depuis deux jours. Depuis mardi, lorsque j'ai vu qu'il me manquait 16 élèves pour cause de fête religieuse.

Seize absents. Autant d'assiettes remplies de succulentes petites pâtisseries dégoulinantes de miel, de neige de coco et de noisettes concassées. C'est pourquoi, j'ai décidé de jeûner en attendant de me gaver de ces délices.

Seize desserts ! Cela me fait penser aux treize desserts provençaux. Ceux de Noël. Ceux du château de ma mère. Pas la mienne, celle de Marcel Pagnol.

Comme le film n'est pas plus culte que le livre, voici la scène en vidéo (elle ne dure que 16 secondes, encore un signe).


Alors quand je repense à cette scène, je file dans la BCD, là où se trouve la plus grande table de l'école. Il m'en faudra de la place pour disposer toutes ces pâtisseries. Je consulte le planning d'occupation de la salle. Parfait, elle sera libre ce matin. DSCN0803

Je préparerai la table pendant la récréation et je me régalerai à midi loin de la salle des maîtres, des odeurs mélangées de micro-ondes et des jacassements de mes collègues féminines. Seul, comme dans un rêve couvert de sucre glace, croquant et moelleux à la fois.


Je fais place nette sur la table. Elle est vierge et n'attend qu'à être dépucelée par une bande de makrouts,de cornes de gazelle, de ghrybias et autres ghriwechs.

Mais finalement, les quinze minutes de la récréation sont largement suffisantes pour préparer la table.

DSCN0805


Après avoir posé l'unique Tupperware apporté par Sanah. Je consacre les treize dernières minutes de cette triste récréation à noter dans la fiche de comportement des quinze autres élèves absents mardi, l'annotation suivante : Travail à la maison non effectué, même si elle s'adresse plus aux parents qu'aux gamins.

A midi, je décide quand même de m'isoler. De manger seul dans la bibliothèque dans une tristesse absolue. Mais dans le calme, pour apprécier le mieux possible, ce repas léger.

 

Léger, léger. Au bout de trois boules de coco, de deux makrouts et d'une espèce de mini croissant croquant d'où s'échappe une douce odeur de friture, le mot léger associé à ce repas n'est plus aussi approprié.

DSCN0806

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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 07:30

Chaque année,  je scrute le calendrier réligieux musulman en salivant.

aidJ'attend que la Lune se transforme en bourreau le temps d'une observation de la Cour suprême de l'Arabie Saoudite et qu'elle enterine, avec son croissant, le sort des quelques milliers de pauvres moutons.

Ce n'est pas le croissant qui me fait saliver. Encore moins, le mouton égorgé se noyant dans une baignoire rempli de son propre sang.

Ce n'est pas non plus le fait que ma classe sera réduite à un effectif d'équipe de basketball (sur le terrain). 

Non, ce sont les pâtisseries cuisinées pour l'occasion : les makrouts, les cornes de gazelle, les ghrybias et autres ghriwechs.

Mais les traditions se perdent et chaque année ma gourmandise est de moins en moins satisfaite. Et ce n'est pas la charte sur la laïcité qui va arranger les choses.

Alors cette année, j'ai pris le mouton par les cornes. J'ai prévenu mes élèves :

  • qu'ils vaquent le mardi 15 octobre
  • qu'ils se reposent
  • qu'ils mangent du mouton à ma santé
  • mais surtout qu'ils fassent leurs devoirs pour jeudi... et leurs parents aussi !

 

devoirs

 

Et tant pis si la leçon sur Louis XIV et le poème ne sont pas correctement sus. En CM2, ils doivent être capables d'identifier les priorités parmi les tâches imposées par le maître.

 

 

A suivre...

 

http://imworld.aufeminin.com/dossiers/D20110801/makrout0-1-184009_L.jpg

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 10:00

Le 4 mai 1789, une procession défile dans les rues de Versailles devant une foule venue en masse pour applaudir les participants. D’abord, en habits noirs, les 19 députés du Tiers-Etat défilent la tête haute, fiers d’avoir été choisis par le peuple pour le représenter devant le Roi.

 

Le Roi : Lucas, la tête haute, on a dit. Redresse-toi !

 

Ensuite, les deux députés de la Noblesse font leur entrée sous les huées du public.

 

La Reine : Ooooooh ! Les CM1/CM2, si vous ne voulez pas qu’on retourne en classe, faut vous calmer tout de suite.

 

Le public parisien se calme. Et enfin, après le passage des trois députés du Clergé, arrivent le Roi et la Reine.

 

Des ricanements émanent du peuple et des députés. Des sourires aussi. Des regards éloquents qui en disent long sur leurs pensées.

 

Le Roi : Y’a un problème ? C’est le Roi et la Reine qui vous font marrer ? Je vous rappelle que le couple Royal était respecté et craint. Que personne ne se permettait de ricaner sur leur passage.

 

Sonia, la maîtresse des CM1/CM2 qui a un tempérament plutôt sanguin sort de son personnage de Marie-Antoinette.

 

Sonia : Et si c’est le maître et la maîtresse qui jouent au Roi et à la Reine qui vous font marrer, vous aurez affaire à moi après la reconstitution.

 

Le cortège se rend dans la salle polyvalente. Le Roi fait un discours un peu ennuyant qu’il abrège quand il voit que les députés piquent du nez.

 

Une main se lève.

 

Le Roi : Oui Lucas ?

Lucas : Moi, je veux pas être du Tiers-Etat. On peut changer ?

Le Roi : C’est quoi le problème avec le Tiers-Etat.

Lucas : J’ai pas envie de finir comme sur la gravure du livre avec Amine et Gaëlle sur mon dos sous prétexte qu’ils sont du clergé et de la noblesse.

Le Roi : Fais un effort, c’est l’histoire d’un après-midi. En plus, c’est le tirage au sort qui a choisi.

Lucas : N’empêche que le Roi et la Reine n’ont pas été choisis par tirage au sort.

Le Roi : Ça, c’est une question de crédibilité.

Lucas : Et vous trouvez ça crédible que ce soient Amine, Hamza et Ali les députés du Clergé ?

Le Roi : Je ne sais pas ce que tu insinues. Mais au cas où je l’aurais compris, je t’invite à descendre immédiatement dans le bureau de la Directrice et à copier une dizaine de fois la charte sur la laïcité à l’école.

 

La réunion des Etats Généraux reprend. Le Roi et la Reine demandent aux députés de sortir le travail qu’ils devaient effectuer pour donner matière au débat : les cahiers des doléances.

 

L’un des députés du Tiers-Etat avoue ne pas avoir fait ses devoirs. Devant les gros yeux du Roi, tel un Perry Mason sûr de lui,  il mentionne l’arrêté du 23 novembre 1956 relatif à la suppression des devoirs à la maison. Le Roi se rappelle que le Tiers n’est pas constitué que de péquenots illettrés qu’il peut embrouiller avec des lois caduques. Cette caste est aussi constituée de commerçants, médecins et autres notaires. Celui-là doit être avocat. Mais cela ne change rien au respect qu’il doit au Roi, alors il l’invite lui aussi à se retirer de la réunion et à effectuer son travail en retard dans un coin de la salle polyvalente.

 

Mathilde : Maître, on n’est plus que 17 députés du Tiers-Etat.

Kheira : Ça change rien. Même avec 200 députés, vous perdrez quand même. Parce qu’on vote par ordre.

 

Le Roi est satisfait que son travail d’enseignant porte ses fruits auprès de certains élèves.

 

Il l’est un peu moins quand il se penche sur les cahiers de devoirs. Il avait bien précisé qu’il fallait trouver des solutions aux problèmes financiers de la France. Or, dans chacun de leur cahier, les députés ont rapporté des doléances liées à leurs conditions de vie. Rien pour la patrie. Juste le culte du chacun pour soi.

 

« Autoriser les chewing-gums en classe. » « Allonger le temps de récréation. » « Interdire les devoirs…pour de vrai cette fois. » « Avoir le droit d’écrire au bleu turquoise dans le cahier du jour. »

 

Louis XVI s’arrache les cheveux et décide de dissoudre le conseil des Etats Généraux.

 

Le Roi : Sortez tous en récréation !

 

Mais dans la cour, la majorité des députés du Tiers et quelques députés des deux autres ordres restent groupés et se réunissent sous le préau. Ils jurent de ne pas se séparer avant d’avoir créé un nouveau règlement pour l'école : c’est le Serment du Préau.

 

Ensuite tout va très vite. De retour en classe, le Roi sent bien qu’un parfum de rébellion flotte dangereusement dans l’air. Les députés commencent à le prendre à partie. Le Roi a beau se dresser sur l’estrade pour impressionner son peuple, cela ne fonctionne plus. Il se retourne alors vers le dernier de ses élèves qui lui est resté fidèle, Grégory-dit-le-lèche-cul.

 

Le Roi : Mais… c’est une révolte.

Grégory : Non Sire, c’est une révolution.

 

Le Roi prend peur. Il décide d’aller chercher de l’aide dans la salle des maîtres. Là-bas, il rassemblera ses alliés pour tenter de dissuader le peuple d’une quelconque action contre la monarchie.

 

Malheureusement, alors qu’il s’apprête à descendre l’escalier, il croise Lucas, le député du Tiers-Etat qu’il a puni en début d’après-midi. Celui-ci le reconnait et alerte immédiatement ses camarades qui accourent pour empêcher le Roi de fuir.

 

Quand il arrive en classe escorté par les révolutionnaires, Louis XVI prend tout de suite la mesure de la sanction qui l’attend. Un de ses élèves, qu’il ne reconnaît pas, a enfilé une cagoule noire. Il est en train de s’affairer discrètement au fond de la classe. Mais le Roi n’est pas dupe, il reconnaît le bruit du métal qui se frotte. La terrible mélodie d’une lame qu’on aiguise.

 

Mais c’est une autre mélodie qui va le sauver. Tels Zack Morris, Screech ou encore A.C Slater, le Roi est sauvé par le gong. La sonnerie de l’école retentit et chacun reprend son rôle.

 

Un peu, plus tard, à l’abri dans sa Clio Maïf, mais encore tremblotant d’être passé si prêt de l’exécution, Louis XVI se demande ce qu’il serait advenu de la société française si la révolution de 1789 avait été interrompue par une sonnerie d’école.

 

Il se demande aussi s’il ne va pas proposer à Monseigneur Peillon, une autre idée de consultation pour les enseignants, après celle sur les programmes, celle sur les assises de l’Education Prioritaire et celle pour organiser les rythmes scolaires de la rentrée prochaine.

 

Une consultation pour savoir  si l’apprentissage est plus efficace avec une prise en main monarchique ou démocratique de la classe.


 

http://offrecinema.tf1.fr/jacquoulecroquant/enseignants/img/repro/3_ordres_2.10.2.jpg

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 08:00

Je suis attablé dans la salle des maîtres pendant la récréation du matin. Je pioche une mirabelle dans le saladier qui est posé devant moi. Je l’ouvre, en retire le noyau et la porte à ma bouche.

 

Une sensation désagréable m’envahit. Le fruit est farineux, peu sucré et la peau me reste dans la bouche comme un chewing-gum acide. Je fais la grimace.

 

Sonia : Elles ne sont pas bonnes ?

Moi : Vraiment pas terribles. Qui les a amenées ?

Sonia : Je crois que c’est Mme Boucard.

 

Impossible. Les produits que Mme Boucard daigne laisser dans la salle des maîtres sont destinés à la vente. On les reconnait facilement aux étiquettes de prix qui y sont collées. Au mois d’octobre, deux ou trois potirons sont posés sur la table à côté d’un pèse personne sur lequel un post-it indique le prix au kilo. Au mois de décembre, des petits sachets de gâteaux de l’avent (spécialités allemandes, peut-être alsacienne, voire lorraine) ornent l’étagère, comme dans une confiserie. La comparaison à la confiserie s’arrête à l’étiquetage du prix. Pour le goût, une comparaison au camion Sodexo qui vient polluer la cour et la cantine tous les jours, est plus adaptée. En mars, ce sont les plants en tout genre de plantes potagères. Puis enfin les cerises en juin et les mirabelles en septembre.

 

Et toujours, à côté de ces produits, cette petite caisse de gâteaux bretons vide dans laquelle l’acheteur doit verser son paiement avant de se servir. Mme Boucard, elle est comme ça. Elle fait confiance.

 

Mme Lafeuille confirme 

 

Mme Lafeuille : Oui, c’est Mme Boucard qui les a amenées.

 

Comme je cherche la petite boîte métallique de palets bretons, elle précise :

 

Mme Lafeuille : C’est gratuit. Elle arrête de vendre.

Sonia : Ah bon ?

Mme Lafeuille : Elle a eu des problèmes. Une histoire de revenus non déclarés.

Moi : Nooonnn ?!?

 

Je m’applique le plus possible dans cette interjection exprimant la surprise. Des jours que je m’entraîne. Des « Nooonnn ?!? » à répétition devant mon miroir pour jouer la surprise le plus naturellement possible devant cette nouvelle que j’attendais impatiemment.  Cinq jours exactement. Depuis ce fameux coup de fil que j’ai passé anonymement avec un mouchoir sur le combiné.

 

Une nana : Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, Adeline à votre service, j’écoute.

Moi : Allô ! C’est bien la DRCCGR ?

Adeline : Oui, c’est ça. Quelle est votre requête ?

 

Je lui raconte alors avec force détails les activités frauduleuses de ma collègue dans un établissement public. J’avoue avoir insérer dans mon récit quelques petites exagérations, mais ça, c’est mon côté « auteur ».

 

Adeline : C’est très grave ce que vous me racontez. Je vous passe Monsieur Pierre Moscovici.

Moi : Pierre Moscovici… le franc-comtois ?

Adeline : Euh oui…entre autre.

Moi : C’est mon accent, c’est ça ? Vous l’avez reconnu malgré le mouchoir ?

Adeline : Euh non, mais votre dénonciation me parait de très grande envergure. Je vous passe Monsieur Moscovici, le Ministre de l’économie.

Moi (me rappelant) : Ah oui, c’est vrai ! C’est lui.

 

Après un contrôle du FISC qui a révélé un excédent non déclaré de 36,42 euros dans les revenus annuels de M. et Mme Boucard, ma collègue, ayant refusé le statut d’auto-entrepreneur, doit maintenant écouler son stock gratuitement.

 

Je m’empiffre pendant le reste de la récréation, savourant ma victoire sur la fraude fiscale, heureux d’avoir fait reculer, avec mes modestes moyens, le fléau du marché noir, cette économie souterraine qui pourrit de l’intérieur le système économique de notre Patrie.

 

Sonia : Je croyais qu’elles n’étaient pas bonnes.

Moi (comme une évidence) : Pas bonnes, mais gratuites.

 

Un peu plus tard, en début d’après-midi, je suis en train d’improviser une séance sur les différents niveaux de langage. Cette séance était prévue pour la troisième période mais les « ouais », les « OK » et autres claquements de langue pour m’exprimer l’affirmative ont eu raison de ma patience, et je saute quelques étapes.

 

Memet : Le langage soutenu, c’est pour les bourges.

Moi : Si tu veux, oui.

Memet : Et moi, j’ai pas envie de parler comme dans une fable.

Moi : Je ne te demande pas de parler comme dans une fable. Je te demande de ne plus parler comme dans un clip de RnB. Ça s’appelle le langage courant. C’est le juste milieu.

 

Je suis à moitié assis sur mon bureau, une bouteille d’eau entre les mains que je sirote entre chaque réplique. Soudain, après le premier effet de la dégustation peu appétissante, voici le deuxième effet mirabelle. Les gens constipés appellent cela une vertu. Pour moi, c’est le côté diabolique de la prune. Son redoutable effet laxatif.

 

Je sens comme une déflagration qui se prépare et qui descend le long de mon intestin. Et si je me souviens bien du schéma de la digestion, la sortie est proche.

 

La maîtrise de mon corps et les heures de yoga en position du lotus à respirer par le ventre me permettent de transformer cette déflagration annoncée en un simple dégazage silencieux et extrêmement  soulageant.

Je circule dans la classe pendant que mes élèves sont en train d’identifier sur leur livre de français le niveau de langage de telle ou telle phrase.  Soudain je me rends compte que mes heures de yoga en position du lotus à respirer par le ventre ne m’ont pas permis de cacher l’aspect olfactif du désagrément qui vient de m’arriver.

 

Des chuchotis désobligeants commencent à surgir à un bout de la classe. Des « oohh » écœurés, des « aaahh »  indignés et « ça pue », « ça poque », « ça chlingue ».

 

Les élèves de l’autre côté de la classe, dans un premier temps, se demandent ce qu’il peut bien se passer. Mais rapidemant, ils sont eux aussi au parfum. Puis Memet intervient :

 

Memet : Maître, comment on pète en langage soutenu ?

 

Et les chuchotis se transforment en clameur collective. Le sujet n’est plus tabou. Memet a ouvert les digues. Et les « oohh » et les « aahh » se transforment en accusation.

 

Personne n’est épargné. Chacun se renvoie la faute. Tout le monde en prend pour son grade.

 

Tout le monde, sauf moi.

 

Et je repense à tous les avantages dont je bénéficie dans ma classe. Ces privilèges de statut dont je ne me lasse pas. Je peux m’asseoir sur mon bureau, boire à la bouteille en parlant aux élèves, me promener dans la classe, tutoyer les élèves qui me vouvoient, hausser le ton sans me retrouver privé de récréation. Je peux même me laisser aller (gastriquement parlant) sans être le moins du monde soupçonné.

 

Mais je sais qu’un jour, ces privilèges prendront fin. Les cahiers des doléances, la nuit du 4 août, tout ça… ça va recommencer. Et je devrai rester assis dans ma propre classe, demander la permission pour écrire au tableau, faire signer mon cahier journal par mes parents, attendre la récréation pour boire à des robinets mycosés.

 

Et si par malheur  un fumet désagréable parfume la classe, je ne serai pas à l’abri d’un abrupt, indélicat et totalement dépourvu de poésie « Maitre, c’est toi qu’a pété ? ».

 

 

http://www.idealwine.net/wp-content/uploads/2011/09/panier_de_mirabelles-2.jpg

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 08:00

Deux mois qu'on l'attend avec impatience. Après-demain, c'est enfin la rentrée.

Rien de tel qu'un peu de musique pour vous détendre afin d'attaquer cette nouvelle année scolaire du mieux possible.

"La cloche va sonner" a été enregistrée avec les modestes moyens dont je dispose. Vous noterez sûrement tous les défauts de montage, de raccord et de rythme dont j'ai fait preuve mais ne m'en tenez pas rigueur.

Bonne écoute et bonne rentrée :

 

Et pour vous réconcilier avec la musique, voici deux vraies chansons sur le thème de la rentrée (du point de vue des mômes).

Une rigolote : Rentrée des classes d'Aldebert.



Une mélancolique : Les premiers lundis de septembre d'Archimède

 

 

 

http://4photos.net/photosv5/music_notestreble_clef_1350799823.jpg

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 13:08

Après Les Tribulations d'un Futur Papa publié en Août 2011, voici "Au secours, journal d'un futur papa gaga".

Non, ce n'est pas un deuxième volet où le papa débordé par son premier enfant de trois ans, ferait face à la deuxième grossesse de sa femme.

Au secours, journal d'un futur papa gaga est une deuxième chance. Une réédition du premier livre avec un nouveau titre et une nouvelle couverture. Vive le marketing.

 

http://www.city-editions.com/IDEO/Couv%20ideo/couv-au-secours-futur-papa.jpg

 

Voici une présentation de l'éditeur :

Non, ce n’est pas simple d’être un futur papa ! Il y a la révélation du test de grossesse, la réaction des familles, les travaux dans la chambre du bébé, les rendez-vous médicaux, les angoisses sur l’art de changer une couche… un sacré boulot éprouvant pour les nerfs les plus endurcis.

Avec humour, un futur papa heureux – mais franchement angoissé – raconte la grossesse de la maman et met en scène les personnages qui accompagnent le couple dans cette aventure.

Sous forme d'anecdotes, il relate les 266 jours qui le séparent de la naissance. Rebondissement inattendu : l’arrivée très rapide du bébé... Pas sûr que l’on sorte indemne d'une épopée pareille : neuf mois d'angoisse... et de bonheur !

Petites angoisses et grandes émotions :
le livre que tous les futurs pères doivent lire !

 

Disponible ici :  AMAZON   FNAC

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 10:18

 Capucin : Les enfants, je vous présente Jean, un nouvel animateur qui va remplacer Majid pour les deux derniers jours de colo.

 

Capucin, c’est un copain de colo, rencontré il y a presque 10 ans.

 

Majid, c’est un jeune animateur qui était déguisé en Schtroumpfs à lunettes quand il s’est cassé le bras en tombant d’un empilement de chaises alors qu’il expliquait les règles de la chasse au trésor version Schtroumpfs.

 

Et Jean, c’est moi. Mais à part mes parents et mes sœurs, il n’y a que les enfants en vacances qui m’appellent ainsi.

 

Du coup, comme les soixante-dix mômes qui me font face sont en vacances et qu’ils ont bien l’intention de le revendiquer, ils braillent à l’unisson :

 

Les enfants : Bonjour Jean !

 

Capucin m’a appelé la veille pour venir remplacer le fameux Majid au pied levé dans le fin fond de la Haute-Savoie.

 

Après huit heures de route de nuit, un café sur le pouce et une présentation express aux soixante-dix enfants de la colo, me voilà dans le feu de l’action.

 

Marie : Tiens, c’est ta fiche personnage pour le cluedo de ce matin.

Moi : Ah…euh…merci.

Marie : Ton déguisement est dans la salle des anims.

Moi : C’est lequel ?

Marie : Regarde ta fiche personnage, tu le reconnaîtras.

 

Dix minutes plus tard, je suis assis sur une souche à la lisière de la forêt bordant le centre de vacances. Le premier groupe d’enfants enquêteurs s’approche de moi et je vois des sourires se dessiner sur leur visage.

 

Un gosse : Tu es en quoi ?

Moi (mettant un point d’honneur  à ne pas sortir de mon personnage) : Je ne suis pas en… Je suis une fraise des bois.

 

Un collant vert, un immense bout de carton en forme de fraise accroché aux épaules et une jolie collerette en papier crépon vert… je suis bien une fraise des bois.

 

La matinée se poursuit alors sur le thème des fruits et légumes. Les enfants tentent de démasquer le criminel qui a enterré vivante la salade dans le composteur du jardin. Ils posent des questions à chacun des fruits et légumes suspects. Et chacun suit sa fiche personnage.

 

Un enfant : Où étais-tu cette nuit à l’heure de crime ?

Un autre : Est-il vrai que la salade t’avait piqué ton ex petit ami, l’abricot ?

Encore un autre : Pourquoi a-t-on retrouvé des très petits pépins noirs autour du composteur ?

Moi (un peu blasé et un peu prof aussi) : Ah non, si tu parles des petits grains qui sont disposés sur tout mon corps, ce sont des akènes, pas des pépins.

 

Ensuite, les enfants découvrent que c’était l’arrosoir, le coupable. Une sombre histoire de vengeance sur thème de trahison et d’amour déchu. Bref, une idée farfelue sortie tout droit de la tête d’animateurs fatigués par dix jours de colo. Une idée qu’ils ont dû pondre à 2 heures du matin lors d’une de ces réunions interminables pendant lesquelles ils carburent au café, aux clopes, au Génépi et à la liqueur d’Aravis.

 

L’après-midi, je quitte à contre-cœur mon déguisement de fraise des bois pour l’échanger contre un baudrier.

 

Capucin : On fait accrobranche. Tu prends le groupe des moyens.

 

Tout ridicule qu’était mon déguisement de la matinée, je ne m’y sentais pas aussi mal à l’aise que dans un baudard (comme disent les vrais).

 

Je ne souhaite jamais autant être une femme que quand je dois porter cet instrument de torture psychologique.

 

Une sangle qui enserre la cuisse droite, une autre pour la cuisse gauche et une corde reliée à un mousqueton qui relève le tout vers le haut, regroupant ainsi tout ce qu’il y a de plus intime chez l’homme en un paquet informe et indiscret à la vue et au su de tout le monde.

 

Un après-midi pendouillant à des câbles et des arbres en ayant l’impression qu’une pancarte clignotante avec écrit « Regardez ici ! » est placée à côté de mes parties intimes mises en valeur par mon ami le baudard.

 

Pour la veillée, le soir,  j’ai volontairement oublié ma guitare. Je n’ai pas envie de vivre le terrible calvaire du guitariste amateur à qui on demande s’il connait du Sexion d’Assaut ou du Daft Punk, alors qu’il vient, à l’instar de Daniel dans "Nos jours heureux", d’interpréter When the saints devant un feu de camp qui sent le chamalo brûlé.

 

Mais heureusement, dernière soirée oblige, on organise la classique boum où Sexion d’Assaut et Daft Punk ont tout à fait leur place.

 

La dernière journée du lendemain est rythmée par les préparatifs du départ. Dès le début de matinée, on s’attaque aux inventaires. Il faut recenser toutes les affaires que les enfants mettent dans leurs valises et le comparer avec l’inventaire d’arrivée. Malheureusement, Majid  a embarqué les inventaires des gamins dont il était référent.

 

Du coup, je me retrouve avec une veste Adidas et un polo Lacoste pour lesquels chacun des huit garçons de la chambre revendique la propriété. Et un slip Spiderman et un T-shirt Tortue Ninja qui n’appartiennent à personne.

 

Enfin, vers midi, c’est le départ. Les enfants partent dans des directions opposées avec des animateurs référents pour chaque groupe. C’est le convoyage.

 

Heureusement, j’en suis dispensé. J’évite alors une traversée de la France en car puis en train, une arrivée en gare de Rouen à 20h23 avec des parents pas impatients de retrouver leurs rejetons et qui n’arrivent qu’à 20h46, et une nuit tout seul dans une petite chambre de l’hôtel de la Gare alors qu’on vient de passer 2 semaines avec 85 personnes environ.

 

J’assiste quand même à la déchirure de fin de séjour. Des étreintes interminables, des larmoiements à peine retenus, des échanges de numéro sur la buée des vitres du bus.

 

Pendant les huit heures de routes qui me ramènent chez moi, je repense avec nostalgie à mes anciennes colonies. Pendant lesquelles, je vivais avec passion et effusion les départs du dernier jour.

 

Alors qu’aujourd’hui, j’étais complétement détaché de tous ces sentiments qui m’ont même parus mièvres. Je me dis alors  que je m’endurci avec l’âge. Ou que, comme Roger Murtaugh, « Je suis trop vieux pour ce genre de connerie ».

 

Mais enfin, je comprends que je suis resté détaché, parce que, justement, je ne me suis pas attaché  à tous ses spécimens de l’espèce humaine en seulement deux jours de séjours. Je n’ai pas vécu leurs engueulades, leur fatigue, leurs fou rires, leur complicité. Je n’en ai pas eu le temps.

 

Voilà pourquoi, au nom de toutes les colos que j’ai faites et que je ferai encore, je n’occuperai jamais un poste de  ZIL, de Brigade ou une toute autre fonction qui ne nous laisse pas suffisamment de temps pour connaître les gens.

 

Je veux m’attacher et qu’il soit le plus dur possible de se détacher.

 

 

 

 

 

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