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5 septembre 2018 3 05 /09 /septembre /2018 12:56

Voilà quatre ans que grâce à Vincent Peillon, je règle mon réveil chaque mardi soir comme tous les autres jours de la semaine. Pour me lever le lendemain matin et rejoindre l’école et mes élèves aux yeux embués afin de leur dispenser la neuvième demi-journée de classe imposée par le gouvernement en 2013 (ou 2014 pour les plus lents).

 

Et voilà qu’après quatre ans de bons et loyaux services, le mercredi doit tirer sa révérence progressivement.

 

Je m’y étais attaché moi, à ces 3 heures hebdomadaires sur lesquelles tenait en équilibre la semaine scolaire. Un peu comme un élève turbulent qui déstabilise votre organisation de classe mais qui s’avère être très attachant.

 

Je m’y étais fait moi, à cette demi-journée supplémentaire qui nous permettait d’avoir des après-midis plus courts.

 

A la fin de l’année dernière, j’avais même été de ceux qui au conseil d’école avaient argumenté en faveur de la préservation de la semaine de quatre jours et demi. J’avais mentionné le rythme des enfants en paraphrasant d’obscures chronobiologistes acquis à la cause du maintien des neuf demi-journées hebdomadaires. J’avais parlé des après-midis plus courts qui permettaient aux élèves de rester concentrés plus efficacement pour les apprentissages, et qui me permettaient surtout de me sauver de l’école à 15h45 pour sauter dans mes baskets ou sur mon VTT. J’avais aussi insisté sur le fait qu’une matinée de plus en CP apportait une continuité non négligeable pour l’acquisition de la lecture. Enfin, j’avais levé la main pour sauver ce cher mercredi matin au moment du vote.

 

Mais de ma main, et de celles de tous mes autres collègues, les politiques locales n’en avaient cure. Encore une fois, les finances étaient au pouvoir et l’économie d’une partie des salaires des animateurs du périscolaire sonna le glas de la semaine de quatre jours et demi et du même coup, celui du mercredi matin travaillé.

 

Bien-sûr j’ai râlé, j’ai grogné, j’ai fulminé. Mais de plus en plus mollement.

Car je me rappelai de la semaine de quatre jours et de ce mercredi vaqué au milieu de la semaine. Cette sympathique journée de congé pour reprendre son souffle avant la pénible fin de semaine de… deux jours.

 

Je me souvenais des grasses matinées jusqu’à des 9 heures en plein milieu de la semaine. De tout le temps que j’avais pour préparer mon jeudi et mon vendredi.

 

Du coup, la pilule du retour des quatre jours est devenue franchement facile à avaler. Comme si on me l’avait cachée dans un grand gâteau à la fraise.

 

Tant pis pour la pédagogie, pour le rythme des enfants ! Tant pis pour les animateurs du périscolaire ! Tant pis pour la lecture des CP (de toute façon, maintenant j'ai des CM2).

 

Place aux économies des collectivités locales, place aux après-midis interminables !

 

Place aux mercredis vaqués !

 

Mais pendant l’été, petit à petit, comme un amnésique qui recouvrait l’esprit par petites touches, je me suis souvenu des petites choses qui faisaient de mes mercredis, des journées pas si chouettes que ça.

 

Les enfants qu’ils faillaient trimballer d’une activité à l’autre, la liste pleine de tâches ménagères que ma femme me laissait sur la table du petit déjeuner avant de partir au travail, et la fin de semaine à préparer dans ce planning serré.

 

Qu’est-ce que je pouvais bien trouver de charmant à cette journée marathon ?

 

Et c’est hier soir que j’ai eu la réponse. La veille de mon premier mercredi non travaillé depuis quatre ans.

 

Je rentrais de l’entraînement à vélo. La large et sécurisante piste cyclable s’étalait devant moi et j’appuyais doucement sur les pédales en direction d’une jolie colline verdoyante qui baignait dans la chaude lumière du soleil déclinant. Une douce brise caressait mon visage et mes mollets nus.

 

Et j’ai été saisi d’un bien-être soudain. Une bouffée de bonheur à l’état pure. Un sentiment d’apaisement, une légèreté qui m’étreignait le cœur !

 

Et c’est là que j’ai compris. Ce ne sont pas les mercredis libres qui me manquaient pendant les quatre dernières années. Mais bien les mardis soir.

 

Ces mardis soir qui ressemblent maintenant à des vendredis soir mais en différents. Cette saveur d’enfance que seuls les instits peuvent encore goûter à l’âge adulte.

 

A la prochaine consultation citoyenne à propos d’un énième changement de rythme pour l’école, il faudra que je me souvienne de cette minute de bonheur ressenti sur la piste cyclable.

 

Et ma main se lèvera pour épargner mes mardis soir.

Le retour du mardi soir

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commentaires

Séverine 07/09/2018 10:55

BRAVO POUR CET ARTICLE !!! Je fulmine encore de ce retour à la semaine de 4 jours !!! Ma fille n'avait connu que cette semaine de 4 jours et demi, elle restait chaque jour à l'école jusqu'à 18 heures et ne présentait pas de signes de fatigue particuliers: parce qu'elle avait un rythme sans coupure !!! Aujourd'hui, elle rentre en CP, de toute façon, elle sait déjà lire, donc je ne m'en fais pas pour son niveau d'acquisition. Néanmoins, combien ne sont pas dans son cas, combien vont encore payer pour des décisions prises sur fond d'économie uniquement. Comment le retour à 4 jours a-t-il pu être voté dans des conseils municipaux, là où l'on exerce la vraie politique, auprès des citoyens. J'en suis révulsée !!

Tévélis 07/09/2018 17:36

Dans notre ville (Besançon), une consultation citoyenne a été faite sur la question. Tous les habitants pouvaient se prononcer par vote. Seuls 6% des bisontins se sont déplacés, pour une majorité écrasante pour le retour à la semaine de 4 jours ! Va comprendre !

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