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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 10:21

Qui n’a jamais rêvé d’avoir un super pouvoir ?

 

Moi, j’ai toujours voulu voyager dans le temps comme Marty McFly !

 

Pas pour me faire draguer par ma mère comme Marty, non !

Mais, « Pour améliorer le monde en changeant les erreurs commises ! », « Pour mieux comprendre l’Histoire ! », « Pour gagner au loto ! ». Voilà quelles étaient les raisons, dopées par  l’idéologie de ma jeunesse, il y a quelques années.

 

Mais depuis que je suis prof, je l’avoue, je me servirais de mon pouvoir à des fins bien plus mesquines. J’enfourcherais mon vélo à voyager dans le temps pour rendre mes LSU à l’heure. Pour vivre quelques mardis soir par semaine. Pour draguer une maman d’élève à la manière de Bill Muray draguant Andy McDowell dans Un jour sans fin.

 

Mais tout ça, ce n’est qu’un rêve ! Et je ne peux pas plus voyager dans le temps que je ne peux rendre un LSU à l’heure et draguer une maman d’élève. Et les mardis soir, déjà un par semaine, c’est bien.

 

Pourtant, j’ai découvert, depuis quelques temps, un nouveau pouvoir en ma possession.

Sûrement une araignée génétiquement modifiée qui m’a mordu ou une agence gouvernementale qui m’a greffé une glande pour m’éviter la prison à perpétuité.

 

En effet, je suis capable de me rendre invisible.

 

Au début, j’ai remarqué que ce phénomène ne se produisait que dans ma classe ou parfois dans la cour et principalement avec des enfants.

 

Je ne maîtrisais pas totalement mon pouvoir. J’étais en phase test.

 

J’ai alors testé mon invisibilité sur une adulte à Super U. Mais la caissière n’a pas vu, comme je l’imaginais, la boîte de TicTac voletée du rayonnage à ma poche invisible, mais elle a bien vu ma main qui la tenait tout au long du trajet et tout le reste de mon corps au bout, qu’elle a montré au vigile qui m’a secoué pour faire tomber les TicTac devant une audience bien attentive pour qui je n’étais pas du tout invisible non plus.

 

En enquêtant davantage sur cette nouvelle super capacité, je me suis rendu compte que mes élèves étaient les plus sensibles à mon pouvoir.

 

Je me tiens devant eux. Je gesticule. Je montre le tableau. Je circule dans les rangs. Mais ils ne me voient même pas ! Même pas une ombre ou un truc translucide qui se baladerait dans la classe. Non rien ! Quand ils lèvent la tête dans ma direction, c’est pour regarder derrière moi.

 

I’m the invisible man ! I’m the invisible man ! Incredible how you can see right through me !

 

Je ne suis pas seulement the invisible man, je suis aussi the inaudible man. Un autre pouvoir qui me permet de parler, crier, hurler sans que mes élèves ne m’entendent.

 

Mais comme tous les pouvoirs, au début amusants, mon invisibilité se transforme en malédiction.  Je la maîtrise de moins en moins. Je suis de plus en plus invisible à mon insu. En plein milieu d’une consigne. Ou d’une mise au point avec un élève. Je vois son regard vide qui traverse mon corps pendant que je le sermonne.

 

Quelques accessoires comme ma guitare ou mon nez rouge me permettent de reprendre corps devant mes élèves, mais je sens que ces talismans n’ont pas une durée de vie illimité et que déjà leur image devient floue pour mes élèves.

 

Quand j’y pense parfois, en mode dépression, je me dis que Freddie Mercury a dû s’inspirer d’un prof de CM2 pour écrire The invisible man. Un prof de ma trempe. Au charisme proche de celui d’une huître.

 

Et puis, je me reprends et je colle la faute sur la société. Plus facile à assumer.

 

Le zapping, mode de vie de nos élèves, qui nous rend invisible à leurs yeux. Six heures par jours sous leur nez sans qu’ils puissent zapper. Les pauvres. La même image à peine mobile sous leur nez. Qu’ils ne peuvent même pas diriger avec une manette de jeu ou mettre côté d’un mouvement du doigt.

 

Il y a bien la solution Monsieur Margerelle, le prof imaginé par Daniel Pennac dans Kamo, l’idée du siècle. Un seul prof mais de multiples personnages qu’il incarne devant ses élèves pour les préparer à la sixième. Mais mes piètres talents de comédien ne permettrait de jouer qu’un enfant attardé ou une vague imitation de Bourvil.

 

Et comme je ne suis pas du genre à me laisser abattre, que ce soit à cause la société ou de mon charisme, voilà un nouveau défi qui m’attend prochainement : lutter contre l’invisibilité !

 

 

I’m the invisible man

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