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11 septembre 2019 3 11 /09 /septembre /2019 12:29

Il y a quelques années, dans mon ancienne école, on avait régulièrement la visite de Marie-Jeanne pendant nos conseils des maîtres. Marie-Jeanne avait créé une association pour lutter contre les violences et elle avait noué un partenariat avec notre inspecteur afin de prodiguer ses bons conseils dans les écoles dites sensibles. C’est la première fois que j’entendais parler de messages clairs. Quand elle passait dans les couloirs avec son sarouel, son châle sur les épaules et le tintement des breloques qui pendouillaient à ses oreilles, elle laissait une vague odeur de chanvre dans son sillage. Et quand elle tentait de déconstruire la notion d’autorité dans laquelle on était bien ancré, on baissait la tête et on rigolait doucement.

Et puis en 2014, la bienveillance a fait son entrée officielle dans la circulaire de rentrée. Et avec elle, un tas d’autres Marie-Jeanne sensées souffler sur nos écoles un vent d’indulgence, de mansuétude et douceur… et toujours cette odeur de chanvre.

Notre Marie-Jeanne à nous s’appelle Corinne. Et Corinne, a, à mes yeux, beaucoup plus de crédit que Marie-Jeanne. Déjà parce que ce sont les textes officiels et le rectorat qui nous l’envoient. Mais surtout parce que quand elle arrive avec ses robes transparentes et ce long tatouage qui court le long de son bras, monte sur son épaule et qu’on imagine aisément redescendre sur sa poitrine… je baisse la tête et je fantasme doucement.

C’est sans doute très basique comme réaction. Sans doute très masculin. Mais moi je suis ce genre de gars. Le genre qui est plus sensible au physique de la pédagogue qu’à la pédagogie elle-même. Ce genre de gars qui va volontiers faire du bouche à bouche à un barbu inconscient qui vient de vomir, parce que c’est Adrianna Karembeu avec son costume de la croix rouge qui le lui a demandé en souriant.

Les Marie-Jeanne et les Corinne ne sont pas là pour nous apprendre à être bienveillants (d’ailleurs, on ne sait toujours pas ce que cela veut dire), mais pour nous montrer comment instaurer un climat serein dans une classe, à coup de gestion de conflits, de palette d’émotions et autre coopération.

Les messages clairs, les sanctions positives, les entretiens coup de pouce, les valeurs de l’école et les projets coopératifs sont au menu dans notre école depuis l’arrivée de Corinne et de son projet SCP (Soutien au Comportement Positif).

Tous les collègues ont plus ou moins bien adhéré. Les hommes plus que les femmes, en fait (rapport aux robes transparentes de Corinne). Et puis, en fait, quand on hurle à longueur de journée aux mômes qu’ils doivent discuter sereinement pour régler leurs conflits, ça a tendance à nous déteindre dessus. Et on change peu à peu ses habitudes.

Il y a 17 ans, à la sortie de l’IUFM, j’imaginais l’autorité avec une moustache, un air sévère, une rigueur extrême, capable de faire pleurer le petit caïd de CM2. Je lui imaginais un air austère, grave et ferme et une main de fer.

Puis, grâce à Marie-Jeanne, à Corinne et à tout un tas de collègues que j’ai croisés dans ma carrière, l’autorité m’est apparu plus douce, plus patiente, plus à l’écoute mais toujours aussi ferme. Elle a même remplacé sa moustache par un tatouage plutôt sexy. Le gant de velours prenait possession de la main de fer.

Mais les élèves aussi doivent s’habituer à cette « bienveillance » qui leur dégouline dessus de toute part. Quand on récupère des élèves qui se sont pris des mains de fer dans la figure dans toute l’année précédente et qu’on leur agite notre gant de velours sous le nez à la rentrée, ils ne baissent même pas la tête pour rigoler doucement.

- Mais ça va pas non ? Pourquoi tu viens de le frapper ??!

- Il a traité ma mère !!!

- Tu lui as fait un message clair ?

- Ben oui, je crois qu’il a été très clair mon message.

Et l’autre d’opiner vivement du chef en compressant sa narine sanguinolente avec son index.

Mais quand toute l’école est au diapason, cela devient facile. Et puis moi, ça me va bien cette forme d’autorité mise au goût du jour.

Je ne pense pas être plus autoritaire que quand j’avais la moustache et les sourcils en V toute la journée. Mais sans conteste, je ne le suis pas moins.

Et puis, pour couper la poire en deux, je me suis fait tatouer une moustache sexy.

La moustache et le tatouage

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