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22 novembre 2017 3 22 /11 /novembre /2017 13:19

Mesdames, messieurs, bonjour ! Nous sommes en direct de la cour de l’école et j’ai l’honneur de vous commenter ce match de football comptant pour les qualifications du championnat national de foot de récré catégorie poteaux en blouson.

 

Les joueurs sont rentrés sur le terrain mais ils ne savent toujours pas pour quelle équipe ils vont jouer. Les chasubles-jaunes-qui-puent-le-grenier ou les sans-maillot ? C’est Antoine, comme d’habitude, qui, le ballon en mousse sous le bras, désigne les joueurs qu’il aura dans son équipe. D’un doigt sacré, il montre à tour de rôle Lucas, Yousef, Issa et Marie. Cinq contre quatorze, quel challenge !! Mais les quatorze ne sont pas d’accord. Joachim fait remarquer que c’est toujours pareil, pfff, qu’il en a marre et que puisque c’est comme ça, il ne joue plus. Il quitte le terrain en faisant de grands gestes, et comme personne ne semble le retenir... il revient. Hamza propose de tirer des équipes équitables. Antoine accepte à la condition d’être chef d’équipe. Hamza constituera l’autre équipe. Le toss pour savoir qui commence à choisir se fera par chou-fleur, une technique ancestrale ou chaque chef d’équipe se fait face et avance à tour de rôle de la longueur d’un pied en disant « chou » pour l’un et « fleur » pour l’autre. Celui qui marche sur le pied de l’autre commence à choisir les joueurs de son équipe. Leïla propose de ploufer qui avancera son pied en premier. « Plouf-Plouf !Un petit cochon pendu au plafond, tirez-lui la queue il pondra des œufs et comme le roi et la reine ne le veulent pas mais que le prince le voudrait peut-être et que comme la sœur du prince ne sait pas bien et que… » « Allez !!! Leïla, t’es chiante » « … ce ne sera pas toi ! ». Petit moment de flottement, comme toujours avec ce procédé. Donc, si ce ne sera pas lui…ce sera l’autre. C’est Hamza qui commence. Il avance son pied et Antoine fait de même. La procession est très lente. Il semble qu’ils ne se rencontreront jamais. Mais, alors qu’ils ne se trouvent plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre, et que la victoire semble acquise pour Hamza, Antoine tente un magnifique geste et pose son pied de travers. Hamza proteste. Antoine, serein, lui rétorque « On n’a pas dit qu’on n’avait pas le droit aux demi-pieds ». Hamza capitule et Antoine lui écrase la chaussure au tour suivant. Le gagnant du chou-fleur enfile alors une chasuble-jaune-qui-pue-le-grenier et désigne sans hésiter Lucas, son meilleur copain, élu récemment deuxième meilleur joueur de la récré derrière Antoine. Hamza n’hésite pas non plus et choisit Leïla, sa cousine. Joris, qui, comme à son habitude, est habillé en jaune, se propose d’aller dans l’équipe d’Antoine pour ne pas perturber l’adversaire lors du match. De même, Eda, qui est allergique à tout, préfère éviter tout contact avec les nids à bactéries et autres acariens que sont les chasubles. Emir fait remarquer qu’il y a deux filles dans l’équipe des sans-maillot et qu’il faudra équilibrer tout ça. Il se porte garant des quotas et se gorge d’incarner la lutte contre le sexisme dans cette cour pleine de machos. Les autres le regardent alors avec des yeux tout ronds. Il se désespère : « Vous comprenez vraiment rien ! ». Mais Adèle réplique : « C’est toi qu’a rien compris ! On s’en fout des filles ou des garçons. Nous, on joue au foot ! C’est tes quotas pourris qui sont sexistes ! ». Emir ramasse ses dents et Antoine choisit Adèle. Maintenant, le choix devient très difficile. Les chefs d’équipe ne doivent plus choisir leurs partenaires en fonction de leurs compétences mais en fonction de leur incompétence. La technique du « moins pire ». Il vaut mieux choisir un Jérôme qui restera planté comme un piquet au milieu du terrain et qui ne nous gênera pas, plutôt qu’une Lucie pleine de volonté et d’énergie mais qui risque de marquer un but contre son camp. Les derniers joueurs choisis le sont par dépit. Mais pire que les derniers… c’est LE dernier joueur. Nous assistons alors à une scène tragique des cours de récréation. Le dernier n’est même pas nommé. On le désigne d’un vague geste du bras, un peu dépité, car on aurait quand même préféré l’avant-dernier. Et le pauvre joueur rejoint son équipe la tête basse et les bras ballants car, même s’il est coutumier de cette dernière place, il a toujours l’espoir d’être au moins l’avant dernier et qu’un jour on prononce son prénom pour le choisir.

Mais trève d’émotion et place au jeu !

Les joueurs sont presque placés. On discute encore un peu sur le choix des gardiens. Les désignés volontaires acceptent à condition que l’on change à chaque but.

L’équipe en infériorité numérique va engager.

Mais…où est le ballon ? Le ballon en mousse qu’Antoine avait sous le bras, il y a quelques minutes ? Là, il est là ! Gino et Karim sont en train de se faire des passes à côté du terrain. Les deux malheureux se font vertement invectiver ! « Non, mais vous croyez quoi ?! On est là pour jouer au foot… Et vous qu’est-ce que vous faîtes ?! Eh ben vous jouez… au ballon… ».

Maintenant les joueurs sont prêts, le ballon et là. Et drrrrrriiiiitttttt ! Le coup d’envoi est lancé par Monsieur Tissier, le maître de service !!

 

Ah ben non ! En fait, ce n’est pas le début du match…mais la fin de la récréation. Les joueurs ne se serrent même pas la main. Et le terrain se vide instantanément. Karim, Lucas, Eda et Hamza ramassent les poteaux et les enfilent avant de rejoindre leurs classes.

 

Bon ben…ici la récré, à vous les studios.

Des poteaux en blouson

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commentaires

O 24/11/2017 17:27

Très sympa.
Lire dans le même genre le Petit Nicolas, l'histoire qui s'appele "le football".

Tévélis 24/11/2017 18:33

Merci !

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