Je viens de m'apercevoir que le lien ne fonctionnait pas!
C'est réparé.
Les aventures d'un Prof à l'Envers se poursuivent ici :
A tout de suite !
Jusqu'à l'année dernière, notre chère école faisait partie d'un réseau nommé RAR. Réseau Ambition Réussite.
L'an dernier, des gars du service marketing de l’Éducation Nationale ont trouvé ridicule ce pauvre A tout seul entre deux R. Par souci d'équité entre voyelles et consonnes, ils ont décidé d'intégrer un I dans le sigle pour tenir compagnie au A. Le I de Innovation.
Cependant, RAR ça sonnait plutôt bien. RAIR, pas trop, RIAR encore moins. ARRI, c'était trop masculin, RIRA trop risible et IRRA c'était déjà pris par un groupe d'Irlandais.
Après avoir joué au Scrabble, à Motus et à Boggle toute la journée avec ces 4 lettres, les têtes pensantes de l'EN se sont autorisées une variante dans les règles du jeu.
Un des gars : On a qu'à ajouter des lettres.
Un autre : Des voyelles ou des consonnes ?
Le gars : …
Un autre : Au Scrabble, il y a plus de consonnes.
Du coup, il se sont mis d'accord là-dessus et sont rentrés chez ultra-satisfaits de leur journée de travail.
Le lendemain, après deux heures et demie de brainstorming, un des types a commencé à sauter partout dans la pièce en criant « Ça y est, ça y est, je l'ai, je le tiens ». Comme il n'avait rien dans les mains, les autres lui ont demandé de quoi il parlait. « Le sigle ! », il a crié. Puis il a rajouté « Je l'ai ! ».
Il a encore sauté pendant deux minutes, ensuite il a entrepris de leur faire part de sa découverte mais comme il tournait trop autour du pot, les autres étaient prêts à l’étriper. Enfin après qu'il ait exposé son idée, ils se sont jetés à ses pieds pour les embrasser.
Son idée : ECLAIR : École Collèges et Lycées pour l'Ambition et l’Innovation pour la Réussite.
Du coup, le mec a été promu. Ils l'ont collé au ministère de la défense. Là-bas, c'est plus dur, il faut trouver des sigles que les pays ennemis ne comprennent pas.
Tout ça pour vous dire que le I et les autres lettres n'ont pas trop changé notre manière de travailler. Directrice a dit « On les a pas attendu pour être Innovants ». On a tous répondu « Non, bien-sûr que non, non. Qu'est-ce-qu'ils croivent ?? ».
Par contre du côté du collège de secteur, le I a fait tourner des têtes. Ils innovent à tour de bras, là-bas. Vu de l'extérieur, c'est plutôt amusant de les voir innover. Mais quand leurs innovations commencent à passer les portes de l'école primaire, on rigole moins.
La nouvelle principale a découvert un truc innovant que l'on faisait déjà depuis plusieurs année. La liaison CM2/6ème.
Les CM2 allaient une dizaine de fois au collège dans l'année pour des occasions diverses. Dix fois, c'est bien.
Par contre quand dans notre emploi du temps du début de l'année, on est obligé de coller des cases « collège » , quand on se dit que l'an prochain il faudra faire une liaison CM1/CM2 pour habituer les CM1 à aller au collège, ça commence à plus faire rigoler du tout leur truc innovant.
C'est pour ça que ce matin, quand Directrice m'a dit que je devais aller au collège demain pour que les 3èmes fassent une séance de maths à mes élèves, j'ai péter les plombs et ai décidé de boycotter.
Directrice : Fais ce que tu veux mais il faut que tu informes l'Inspectrice.
La nouvelle Inspectrice, personne ne l'a encore testée. Tant pis, je m'y colle.
Je lui rédige un mail assaisonné à coups de « Chère Madame l'Inspectrice » avec des majuscules partout. J'y ajoute ma colère à grands coups de « Je Vous prierais de comprendre... ». Je ne mâche mes mots lorsque je lui sors que « la démarche pédagogique avec le collège est intéressante mais... ». Et je conclue ulcéré que « peut-être ultérieurement je participerai volontiers à ce projet ».
Je suis fière de mon message. L'Inspectrice si prendra à deux fois avant de m'imposer des projets sans mon accord.
Magalie passant par là, je l'appelle et lui fait lire le message que je viens d’envoyer.
Magalie (visiblement choquée) : Me dis pas que t'as envoyé ça à l'Inspectrice.
Moi (bombant le torse) : C'est corsé hein. Faut pas me chercher,moi. Les gens, je les remets à leur place. Hiérarchie ou pas, je dis ce que je pense. Je suis un déglingo, un gros foufou.
Magalie : Tu rigoles, ton mail, il est aussi policé que le débat des primaires socialistes de jeudi dernier.
Moi : …
Magalie ( réitérant, et visiblement inquiète) : T'as pas envoyé ça ??
Moi : Ben si, pourquoi ?
Et la réponse tombant comme une masse sur ma courte carrière de professeur.
Magalie : Parce que c'est bourré de fautes d'orthographe.
Elle : Tévéliiiis ! T'entends pas, y'a le Petit qui pleure depuis 10 minutes.
Elle monte, me rejoind dans le bureau et réitère sa question.
Elle : Tu l'entends pas pleurer ? Je suis occupée, tu pourrais y aller.
Moi : Ma mère, elle dit qu'il faut le laisser pleurer, ça lui fait les poumons.
Elle : Ta mère, elle t'attachait aux barreaux du lit pour pas que tu te griffes.
Moi : C'était une bonne idée. Non ?
Elle : Elle a jamais pensé à te couper les ongles ?
Le téléphone sonne. Elle descend pendant que je me dirige dans la chambre du Petit.
Elle remonte quelques secondes plus tard, me tend le téléphone que je lui troque contre notre fils.
Elle : Ton éditeur.
La classe. « Ton éditeur ». « Ton », le tien. Le mien. La classe.
D'autant plus la classe, que c'est la première fois qu'il m'appelle.
L'éditeur : Dîtes, on est le 24 aôut 2011, votre livre sort aujourd'hui. Faudrait penser à faire un peu de promo.
Moi : C'est fait, j'ai appelé ma mère. Elle s'en occupe.
L'éditeur : Sinon, y'a des émissions que j'ai contactées. Il faudrait vous y rendre.
Il me raconte que sur Europe 1, Drucker est prêt à jeter Amanda Lear pour m'avoir à son micro. Que Nikos peut déprogrammer Lorànt Deutsch pour m'interviewer.
Ce soir Mélissa Torio m'accueillerait bras ouverts sur son plateau si je daigne me déplacer.
Il a même obtenu un passage à l'émission Baby Boom la semaine prochaine.
Mais le pompon, ce serait mon intrusion en plein milieu du prime de Secret Story en arrivant en parachute dans la piscine.
Moi : Sinon, y'a mes blogs.
L'éditeur : Va pour les blogs. J'annule tout le reste.
C'est pas que je fasse la fine bouche. Mais Paris quand il pleut, c'est pas mon truc. Je préfère rester bien au chaud derrière mon clavier pour vous annoncer que
« Les tribulations d'un futur papa » paraît aujourd'hui chez City Editions.
Vous pouvez le trouver dans n'importe quelle librairie. Enfin je suppose.
Ou le commander par ici : FNAC AMAZON DECITRE
Merci encore pour votre soutien, vos commentaires et le simple fait que vous ayez lu ce texte jusqu'au bout.
On frappe à la porte de la classe. J'ouvre et tombe nez à nez avec Jocelyne, la dame qui fait l'entretien de ma classe (entre autre). Elle porte un grand sourire et un seau encore plus grand. Elle me le tend.
Jocelyne : C'est pour toi.
Curieux, je m'approche et regarde à l'intérieur du seau. Vide.
Mon regard doit être éloquent car lorsque je lève la tête, Jocelyne me dit.
Jocelyne : Pas dedans, ballot. Le seau. C'est le seau que je te donne.
Je ne sais pas ce qui m’interloque le plus. Jocelyne qui m'offre un seau vide devant toute ma classe ou Jocelyne qui me dit « ballot » devant toute ma classe.
Je la remercie du bout des lèvres et s'apercevant de mon désarroi, elle précise.
Jocelyne : C'est pour remplacer ton vieux seau. Celui qui a l'anse cassée.
En fait de seau, c'est un ex-pot de mayonnaise de la cantine. Il est là au pied de l'estrade, et me sert à mouiller l'éponge lorsque j'efface le tableau.
Jocelyne : C'est avec mon argent.
Moi : Ben, fallait pas Jocelyne. Je ne sais pas...
Jocelyne : Je sais, je sais. T'as rien pour moi. Mais je t'ai pris pas surprise. Ce sera pour plus tard.
Mince alors. Qu'est-ce-qu'on offre en échange d'un seau. Nadine de Rothshild n'a pas pensé à ça.
Et puis, qu’est-ce-qu'il a mon pot de mayo ? Il est très bien.
Jocelyne semble lire dans mes pensées.
Jocelyne : J'en pouvais plus de ton ancien seau. Pas moyen de le déplacer quand je lavais le sol, vu que l'anse est cassée. Alors je le renversais une fois sur deux. En plus, celui-là il est plus grand, c'est mieux. C'est avec mon argent, hein !
Moi : Oui, oui, merci Jocelyne. Les enfants, vous remerciez Jocelyne.
Les enfants : Merci Jocelyyyyne !
Ludovic : C'est cool une lance, ce sera plus pratique.
Mamar : Ouais, mais plus lourd aussi, vu qu'il est plus gros.
Le lendemain matin, j'entre dans ma classe un matin. Je pose la pile de cahiers du jour par terre. Par terre, car il n'y plus de place ailleurs. Ni sur mon bureau où les dossiers des CM2 destinés à la sixième s'entassent depuis plusieurs jours. Ni sur la grande table du fond où sèchent depuis trois semaines des productions gouachées. Du coup, par terre, c'est très bien.
Dire que je harcèle les gamins à longueur d'année, pour qu'ils aient un casier impeccable. Heureusement qu'ils ne sont pas assez insolents pour me faire remarquer que mon bureau est encore plus désordonné que le moins soigné des cahiers.
Un peu comme lorsque, moi-même CM2 à l'époque, j'avais assisté à une scène cultissime dans les annales de l'insolence.
M. Frachebois ( rouge de colère , lançant le cahier du jour de Florian Crepin à travers la classe ) : FLORIAN !!! TON CAHIER DU JOUR, C'EST PAS UN BROUILLOOOON !!!!!
Florian Crepin : Monsieur, mon cahier du jour, c'est pas un avion.
Je me dis simplement que je rangerai plus tard. Je monte sur l'estrade, prends une craie et écris la date. Au moment de redescendre, je manque de mettre le pied dans le seau de Jocelyne. Dans un réflexe de footballeur, je shoote pour éviter de mouiller ma chaussure.
Malheureusement mon pied emporte l'anse du seau, puis le seau lui-même et un immense geyser en surgit pour inondé la classe. Je me retrouve sur mon estrade, comme sur une île, en train de regarder si un navire de passage pourra me sauver. Mais les seules embarcations que je vois, sont les cahiers du jour qui flottent devant moi, suivi du seau vide dont l'anse s'est cassée dans la bataille.
Une demi-heure plus tard, les élèves sont rangés dans le couloir. Je donne le signal et guette leur réaction lorsqu'ils entrent en classe.
Bien-sûr, j'ai usé de la serpillière et ouvert la fenêtre. Donc aucune trace d'eau par terre. Ce qui rique de les laisser pantois, c'est plutôt le fil à linge improvisé à travers la classe, où accrochés par des pinces à linge, pendent... leurs cahiers du jour.
Lorsque je vois leurs yeux remplis d'incompréhension et leurs bouches ouvertes de stupeur, je me fais la promesse de ne plus leur faire la moindre remarque à propos du soin... au moins jusqu'à demain.
Pour couronner le tout, le lendemain en rentrant en classe avec mes cahiers du jours tout gondolés mais néanmoins corrigés, je découvre un message écrit à la craie sur mon tableau. C'est Jocelyne.
« Je ne comprends pas. Mais vraiment pas. Une anse, c'est quand même plus pratique ! »
Qu'est-ce que je fous là ?
Un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Gulliver au pays des Liliputiens.
Mais qu'est-ce que je fous là ?
Ah oui ! Je sais. M. Jeanti. L'échange de service. Mes élèves qui reviennent de leur séance de sport avec mon collègue. Ils ont l'air ravi.
« C'était comment ? », mais je regrette déjà la question. « Trop bien ! » « Génial ! » « TTMSG » «On parle pas le SMS en classse ! » « Trop trop méga super génial ! »
Puis le coup de massue : « Même que M. Jeanti, il a couru avec nous. »
Et un autre. Encore plus fort : « Même qu'il court le cross avec ses élèves ».
Voilà ce que je fous là. Un peu d'amour propre. Beaucoup de fierté aussi. L’esprit de compétition sans doute.
Et me voilà en short avec mon T-shirt Heineken au milieu d'une centaine de mômes de 10 ans, dans l'attente d'un coup de feu qui nous lancera moi et tous les CM2 de la ville dans une folle course de 2 km.
Je suis mal à l'aise. Je me sens grand, maigre et poilu au milieu de cette masse juvénile. Je ne sais pas quoi faire de mes bras, de mes jambes. Heureusement un autre instit rejoint le groupe. Un concurrent très sérieux, apparemment. Il porte un T-shirt Kronenbourg.
PAN. C'est parti. PAN PAN PAN ! Faux départ.
Une classe retardataire arrive en trottinant. On les attend. Leur maîtresse se place sur la ligne de départ avec eux. Elle ne paie pas de mine avec son débardeur Hello Kitty. Pourtant, j'ai peur. Je vois, à son poignet, le même grosse montre qu'à celui de M. Jeanti. Sûrement une habituée de la petite foulée..
PAN ! Moment de flottement dans le groupe. Tout le monde se regarde. On n'est pas sûrs. Si ? C'est bon ? C'est parti.
Au début, les 3 adultes restent avec les mômes pour les accompagner, les encourager. Puis, assez vite, on commence à se jauger. Hello Kitty ne semble pas essoufflée. Elle prend la tête du groupe et se détache peu à peu.
Par solidarité masculine, Kronenbourg et moi, on court côté à côte. On passe devant le premier môme, mais Hello Kitty est déjà loin. Vous allez me traiter de machiste de base, mais je garde encore dans la bouche le mauvais goût des défaites contre les filles. Un saveur âpre qui date des cour de récré.
Du coup j'accélère.
Kronenbourg me suit mais va bientôt craquer. Il est sous pression. Je lui vois un peu de mousse à la commissure des lèvres. La déshydratation le guette. J'en remets une couche et me trouve bientôt à hauteur de la meneuse. Kronenbourg est distancé. Je n'entends plus sa respiration rauque derrière mes talons.
Plus que 500 mètres. Un passage devant les tribunes et on rejoint la piste pour un tour de stade.
C'est ici, devant les tribunes surchargées par tous les cycles III de la ville, que le drame se produit. J'entreprends de doubler Miss Hello Kitty pour prendre la tête de la course des CM2, quand soudain ma cheville gauche se tord et je perds l'équilibre.
Par réflexe, je m'agrippe dans ma chute,au débardeur rose de ma concurrente. Elle résiste. Le débardeur aussi. Plus tard j'apprendrai, par M. Jeanti qui a vu la scène depuis les tribunes, que j'ai bien fait de lâcher le débardeur avant que la poitrine opulente de la maîtresse n'explose au regard des mouflets réunis dans les gradins.
Je me ratatine par terre dans une glissade pitoyable et je me brûle le flanc sur le gravier, trouant alors mon T-shirt, dernière trace de ma débauche étudiante. De plus, ma cheville est douloureuse et je ne peux repartir qu'en claudicant pour le dernier tour de piste.
La honte d'avoir chuté devant les tribunes pleines n'est rien en comparaison de ce qui m'attend.
Un par un, mes élèves me doublent en me gratifiant d'un « Allez Maître, c'est bientôt fini ! ». J'accentue alors le boitillement pour toute justification.
Pourtant je ne devrais pas dévaloriser leurs efforts et cet exploit de doubler leur maître. Je vois dans chacun de leur regard plus de fierté que lorsqu'on avait gagné le prix de la meilleure poésie collective, grâce à leur création « De la margarine sur le canapé » et que Mamar avait vomi dans la coupe en sortant du bus. Plus de fierté que lorsqu'il avaient vu leur photo dans le journal avec la légende suivante «Les enfants de CM2 ont interprété un classique de Mireille Matthieu lors du concert pour la paix. »
Alors, malgré la douleur fulgurante qui me scie la cheville, je trottine sans boiter et les encourage à chaque fois qu'ils me dépassent.
Cependant malgré tous mes efforts de ralentissement, Lina et Hubert ne me dépasseront jamais. Et les pauvres subiront l'anecdote de chacun des autres contant tour à tour « quand ils avaient doubler le maître. »
- Qui est là ?
- Walter.
- Walter qui ?
- Walter, le prof à l'envers.
- Connais pas ! Au revoir.
Mais si, Walter ! Ce n'est pas si vieux, pourtant. Mon dernier vrai article de prof date seulement.... d' il y a 1 an 5 mois et 10 jours.
Entre temps j'ai vécu une autre vie. Celle d'un papa ( Tévélis) qui attend patiemment pendant 9 mois.
Mais Walter n'a pas dit son dernier mot. Et le revoilà. Me revoià.
Bonjour à tous !
Cette année scolaire était difficile. La bonhomie qui transparaît dans les articles de mon blog est plutôt artificielle.
Je mets le sujet de côté car quand ce n'est plus un plaisir, il est difficile d'en faire rire.
Ca reviendra, promis.
En attendant, d'autres préoccupations s'installent dans mon esprit.
Un autre blog ! Un autre pseudo ! Un autre sujet !
Encore de l'humour ! Encore des sarcasmes ! Et j'espère, du plaisir !
L'autre jour, avec des potes, on
débattait sur l'éternel sujet des privilèges des profs.
J'ai conscience d'un certain confort dans notre profession. Je sors toujours les mêmes arguments pas très virulents pour défendre un minimum notre fonction...mais sans conviction. Puis je me
tais.
Or, j'ai réfléchi un peu plus longuement à notre condition...suite à la rediffusion des nouvelles aventures de Loïs et Clark sur RTL9.
Superman est journaliste. Spiderman est photographe. SuperBoy est étudiant. Flash est chercheur. Catwoman est employée d'une compagnie de cosmétique. Et Batman et Zorro sont....
riches.
Connaissez-vous un super-héros, professeur des écoles ?
Notez que les seuls supers héros qui n'ont pas de pouvoir sont riches. Bruce Wayne et Don Diego de la Vega ont en effet les moyens de jouer aux supers-héros. La bat-mobile et Tornado ont plus de panache qu'une Clio grise avec un autocollant de la MAIF. Donc, si Superprof existait, il aurait des pouvoirs.
Or, d'autres inconvénients me permettent de penser que Superprof n'existe pas !
Au moindre cri de terreur, Superman pose son stylo, court dans une cabine téléphonique (de plus en plus difficil à trouver) et se déguise en arrachant sa chemise.
Superprof, lui, serait obligé de répartir ses élèves dans les classes de ses collègues agacés. Il aurait pris soin que chacun ait un travail en autonomie pendant son sauvetage. Il
devrait ensuite téléphoner à son inspection de circonscription pour signaler son absence. Autant dire que le cri de terreur se serait transformé depuis longtemps en boullie sanguinolente au bas
d'un immeuble, quand Superprof arriverait.
Et les vacances. Imaginez la réaction des habitants de Chaumont ou Pontarlier quand leur Super-Héros local serait absent plus de 4 mois par an.
Imaginez Jean-Pierre, dans un ultime avertissement à sa femme infidèle, qui s'élance du plus haut toit de Loches ou Vierzon en ayant prévu que Superprof le sauverait et que sa femme
épleurée le retrouverait en bas de l'immeuble pour le prendre dans ses bras et s'excuser pendant que notre héros s'éclipserait discrètement.
Or, Jean-Pierre a mal choisi la date de sa mise en scène. Superprof est un aoûtien et il est en train de sauver Cindy d'une piqure de méduse sur une plage de la Grande Motte.
La valse incessante des profs soumis au rythme des mutations est aussi un frein pour Superprof.
La vie d'un super héros n'est pas facile au début de sa carrière. Il doit se faire connaître. Dans un premier temps, il terrorise malgré lui les habitants de sa ville. Normal ! Un mec en pyjama qui vous tend la carte bleue qu'un type venait juste de vous voler avant que le même type en pyjama lui fasse les gros yeux (rouges) qui l'ont statufié.... Avouez que ce n'est pas rassurant.
Ensuite, il y a les forces de l'ordre qui vous mettent des batons dans la cape.
Après, la population commence à comprendre votre réelle motivation : Oeuvrer pour que le bien domine dans leur ville pleine de vilains brigands. Vient alors le fanatisme. Les autographes, les groupis, les paparazzis, les nanas qui sautent volontairement dans le vide pour avoir vos faveurs. Il suffit de quelques corps de fans écrabouillés sur le trottoir pour calmer les imposteurs qui ont compris que vous n'étiez pas dupe.
Enfin, la phase de banalisation arrive. On vous connait, on vous respecte. Le boulot peut enfin se dérouler dans le calme.
Si Superman avait voulu être instit, il aurait sûrement fait sa deuxième année d'IUFM a Métropolis. Mais dès l'année suivante il aurait été muté à Montbéliard, Vesoul ou Lons le Saunier dans le meilleur des cas et Mouthe, Maiche ou Chauneuve dans le pire des cas. Pas le temps de se faire accepter par les autochtones qu'il faut déjà bouger à la rentrée suivante..
Les supers héros ont compris depuis longtemps que prof n'était peut-être pas le plus beau métier du monde.

