Partager l'article ! Engrenage: « On entendait le vagissement du lièvre au fond de sa terrier. » Tout part de là. D'une phras ...
« On entendait le vagissement du lièvre au fond de sa terrier. »
Tout part de là. D'une phrase plutôt anodine dans un texte tout aussi enfantin.
Mathilde : C'est quoi le vagissement ?
Un regard interrogateur à toute la classe. Quelqu'un le sait-il ?
Personne. Très bien, faisons les choses dans l'ordre.
Moi : Le contexte ! Quelqu'un peut-il deviner le sens du mot par rapport à la phrase et au texte dans lequel il est employé ?
Personne. Pas même un petit malin qui veut faire son intéressant . Le silence.
Après le contexte. D'autres contextes.
Moi : Voici le même mot employé dans d'autres phrases. Essayez d'en déduire le sens.
Soucieux de leur faire comprendre ce mot par leur propre moyen, et conscient du caractère peu naturel des phrases suivantes, je me lance quand même :
Moi : Le crocodile pousse un vagissement dans l'oreille de l'hippopotame un peu sourd.
Rien. Aucune proposition. Je continue.
Moi : La sage-femme en fin de carrière est agacée par le vagissement du nouveau-né qu'elle tient dans les bras.
Néant. La classe est au point mort. Je persiste.
Moi : Le lièvre vagit à ses petits qu'il faut venir manger.
Ah ! Un doigt se lève. Enfin.
Sophian : Y'a pas « vagissement » dans la dernière phrase.
Moi : Très bonne remarque, Sophian. Il n'y a pas « vagissement » mais il y a un mot de la même famille : le verbe vagir.
Après le contexte, les mots de la même famille. Je leur rappelle donc que l'on peut deviner le sens d'un mot à partir de ces mots-là.
Sans m'en rendre compte, je fonce droit dans le mur. Depuis la première question de Mathilde tout à l'heure, une machine s'est mise en route. Cette machine, j'en suis le créateur. Cette semaine, c'est Wissam qui lance la machine.
Wissam : De la même famille, il y a vagin, vaginal...
Une bombe explose dans la classe. On passe du point mort au mur du son.
Les autres : HAAAANNN !
Je regarde Wissam, étonné. Un dictionnaire est ouvert sur la table et je prends conscience de ma création.
Chaque semaine, je désigne un élève responsable de la recherche dans le dictionnaire.
Wissam est particulièrement autonome et efficace.
Il est à la bonne page et à peine ai-je mentionné les mots de la même famille qu'il recherche autour de « vagissement », les mots qui lui ressemblent.
Pas de chance, cela tombe sur « vagin ». Il faut savoir qu'en CM2, « vagin » est un gros mot. Au même titre que « amour », « sexuel », « homo » et j'en passe. D'ailleurs une bonne partie de la classe est surprise d'apprendre que ce mot est dans le dictionnaire. Une autre partie demande discrètement à Wissam : « Quelle page ? Quelle page ? »
Je calme le jeu en leur expliquant qu'en CM2, en biologie, il se peut que l'on aborde la reproduction humaine et qu'à ce titre, « vagin » ne se trouvera pas seulement dans le dictionnaire mais aussi dans leur classeur sous forme de dessin et peut-être même que cela sera une bonne réponse en évaluation.
La tension baisse. Ma banalisation a fonctionné. Un peu trop même. Certain en profite.
Aline : Ma mère, elle a de l'herpès vaginal.
Ludo : C'est quoi « herpès » ?
Les élèves me scrutent. Cette fois-ci, j'ai dû mal à dissimuler mon agacement.
On parlait gentiment d'un petit lièvre qui gambadait jusqu'à son terrier pour pousser un vagissement, et nous voilà en train d'aborder les problèmes d' inflammations de la vulve et des parois vaginales de la mère d'Aline.
Moi : Ça suffit. On reprend la lecture.
Mon ton est sans équivoque, ce qui laisse penser à certains que l'intervention d'Aline a dépassé les limites du correct en classe.
Sylvain : C'est pas juste, elle est même pas punie .
Moi : Qui ?
Sylvain : Aline, elle a dit « herpès vaginal » et vous convoquez même pas sa mère, alors que moi l'autre jour, vous l'avez appelée pour moins que ça.
Je tente de rester calme et m'imagine en train de convoquer la mère d'Aline et de lui tendre un prospectus sur la sensibilisation aux MST pour qu'Aline ait un vocabulaire correct en classe.
Moi : On reprend la lecture.
C'est fois-ci, aucun ne moufte. Il ont compris. Me voilà soulagé et je peux à nouveau me détendre dans la quiétude d'une classe calme au doux son de la voix de Mathilde qui reprend la lecture.
Soudain :
Wissam : Ca y est, j'ai trouvé. Herpès : maladie virale contagieuse responsable d'affection de la peau et des muqueuses caractérisée par une éruption vésiculeuse...
Moi : STOOOOP !!!!!!!!!