Il était donc environ 13heures, quand l'incident majeur que j'avais entrepris de vous conter (il y a 2 posts) surgit. Cet événement n'est pas arrivé par la porte de service comme un cheveu sur la
soupe. Non, il a pris le portail principal... La lumière était déjà sur son entrée depuis le début de la matinée. Inconsciemment nous l'attendions tous... nous sentions qu'il allait arriver
quelque chose cet après-midi. Et je crois que personne n'a été surpris de voir que cet incident a fait son entrée par le biais du magicien lui-même.
Le Magicien (debout, beuglant au milieu du pique-nique) : ON M'A VOLE MON APPAREIL PHOTO NUMERIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIQUE !!!!!!!!!!!!!!
Un parent d'élève (discrètement mais pas tant que ça) : Il aura quand même fait disparaître quelque chose aujourd'hui.
Jusque là, l'humour était de bon ton... mais un rebondissemnt venant du magicien (il prend beaucoup de place celui-là) a jeté un voile obscur sur cette journée.
Le Magicien (beuglant toujours, le doigt tendu vers un gamin qui ouvrait de grands yeux) : C'EST LUI, C'EST CE GAMIN, C'EST LUI, C'EST LUI.
Bon, c'est bon, on a compris. "C'est qui ce môme, d'abord" hasardai-je, largement soulagé de ne pas reconnaître un de mes monstres. "C'est LOUIS... il l'a dit au moins 4 fois..." me fit justement
remarqué un de mes monstres. Et moi pensant à haute voix "Ah, c'est LOUIS, c'est pas LUI...". Là je vous épargne le dialogue de sourd, genre "Mais si c'est Lui, c'est Louis"... "Oui mais c'est
pas LUI.... c'est LOUIS...". Pour ce genre de quiproquo verbal, veuillez visionner la scène du dîner de con, immortalisée par Villeret et Huster.
Toujours est-il que mon soulagement dans cette affaire n'avait d'égal que l'embarras de mon pote confronté à une situation qui le plaçait entre un de ses élèves (des plus perturbateurs) et un
père d'élève accusateur et déguisé en magicien (qui plus est). Une ambiance de tension s'était installée sur notre joyeux groupe. J'étais le seul qui semblait flotter dans une atmosphère
légère et moelleuse qui me transportait. Oh mon dieu, comme j'étais content que ça ne m'arrive pas... Mon dieu, comme j'étais heureux. J'insiste... mais c'est important pour la suite.
Mon pote : Pourquoi vous êtes sûr que c'est Louis ? Vous l'avez vu ?
Le Magicien : C'est lui, j'en suis sûr... c'est toujours lui de toutes façons...depuis 5 ans que mon fils est dans sa classe, c'est lui...
Moi (sifflotant nonchalemment et shootant dans des caillou (chou, hibou, joujou, caillou) cailloux) : En tous cas, ce n'est pas dans notre classe que
cela arriverait.
Mon pote : Alors Louis, c'est toi ou non ?
Louis : Nan, c'est pas moi. Ca m'énerve, c'est toujours moi qui prend dans cette classe.
Moi (assis sur une branche d'arbre et me limant les ongles) : Pauvre gamin, c'est pas bien de s'acharner sur lui.
Mon pote (prenant une décision) : Bon, Louis, montre nous ton sac.
Le Magicien : C'est ce qu'on aurait dû faire depuis longtemps.
Louis : Mais c'est pas moooooooooi !
Moi (faisant des ricochets au bord de la rivière) : C'est cool, pour une fois on aura des trucs à dire sur le site de l'école à propos d'une sortie.
Audrey (une de mes élèves, discrètement à mon attention) : Maître, c'est Lucas qui a volé l'appareil.
Moi (retombant sur terre ou plutôt m'écrasant) : Qui ? Lucas, c'est qui ?
Ce nom m'évoquait vaguement quelque chose de familier.
Audrey : ... ben Lucas, quoi. Lucas L.... de notre classe. Lucas...qu'est au fond de la classe tout seul vers le radiateur.
Moi (la mémoire me revenant... l'écume de rage au bord des lèvres, les yeux injecté de sang) : Ah Lucas....
Audrey : Il s'est vanté et il nous l'a montré... mais maintenant il a peur de le rendre.
J'ai remercié Audrey pour sa discrétion. J'avais déjà échaffaudé un plan diabolique qui nous ferait sortir la tête haute de cette histoire, mes élèves et moi. J'avais décidé de ne rien dire, de
me taire et d'entraîner toute ma classe dans un mutisme où nos consciences allaient être éprouvées.
Je me rassurais : "De toutes façons, c'est toujours lui. Il a donc l'habitude de ce genre de situations".
Je me voyais revendre l'appareil sur E-Bay et dépenser l'argent en manuels scolaires pour redorer ma conscience.
Je m'imaginais en 1963 à la tête de la CIA après la ort de JFK... jeter en patûre aux parents gorgés de préjugés, ce pauvre "Louis" Harvey Oswald...
Finalement mon haut sens du devoir, ma pure conscience professionnelle et surtout le fait que Romain n'ait pas su se taire et ait proclamé ce cher Lucas comme l'auteur du vol sur la place
publique du pique-nique ...ont fait que j'ai passé une très mauvaise fin de journée entre Lucas et notre ami le Magicien.
Pour conclure, je laisse la parole à Lucas, lors de l'entretien que j'ai eu avec ses parents peu de temps après l'évènement. Notez que la question très idiote, ne pouvait recevoir qu'une telle
réponse.
La Maman de Lucas (essayant de comprendre) : Mais pourquoi as tu volé cet appareil numérique, chéri ?? On en a un à la maison... je ne comprends pas.
Lucas : J'ai cru que c'était un téléphone portable.