Quel titre de folie... Ca promet un article endiablé. Il y a peu encore, le nom de Nana Mouskouri provoquait des émeutes... que dis-je.... des raz de marée
humaine...
Maintenant...elle tombe peu à peu dans l'oubli. Elle a loupé le coche de la révolution numérique et ses 33 et 45 tours ne se vendent plus que sur E-bay
(et pas bien cher en plus) ou dans les vides-greniers.
Mais la chorale du village dans lequel j'officie, a décidé de mettre Nana à l'honneur lors de son spectacle anniversaire. Non contents de se payer la honte, seuls sur la place du village...ils
ont voulu entraîner ma classe d'innoncents CM2 dans leur chute.
A l'annonce du verdict, en conseil des maîtres, j'ai refusé aussi sec, prétextant une ignorance totale de la chanson, une corde vocale abîmée de naissance (ça c'est Nana, je viens de le voir
sur wikipédia)... Mais c'était sans compter sur Murielle, notre
intervenante musique...
Murielle (très complice) : Non, vas-y accepte, on va bien se marrer.
C'est vrai que je n'avais pas vu ce côté là de la chose. Ca m'a rappelé que ça faisait à peu près 28 ans que je me marrais à propos de Nana. Quand j'étais môme, c'était son nom qui me faisait
rire... Nana... hahahaha ... Mouskouri .... HAHAHAHHAHA... (En fait c'est Johana...merci Wikipédia). Ensuite, ado, c'est son image qui me faisait me bidonner (la coupe, les
lunnettes...tout), puis ses chansons... Maintenant encore je rifougne quand on évoque Nana... C'est vil.
Pour vous mettre dans l'ambiance voici pour vous :
Parfois avec mes CM2, on fait un peu d'Histoire... Les Louis, les dates, les Henri, les édits et les trahisons s'enchaînent et s'empilent dans leur cahier d'Histoire.
Ma méthode...ou plutôt la méthode qui m'a le plus plu parmi celles observées ou rencontrées (car je n'ai rien inventé), la voici : pour chaque thème abordé, on recherche (selon différentes
méthodes...mais je ne vais pas vous ennuyer avec la péda...), on collecte des infos, on se réfère à la frise, on trouve quelques annecdotes. Ensuite je secoue les élèves un par un
comme des oranginas (en sport par exemple), tout se mélange dans leur petite tête. Je laisse reposer une nuit ou deux... et pour finir je leur demande d'écrire eux-mêmes le résumé qui figurera
dans le cahier et qui sera leur référence pour apprendre leur leçon.
Les résultats sont variées. Ceux qui ont internet copient des articles entiers de wikipédia qu'ils ne comprennent pas (moi non plus). Ceux qui ont des parents leur pompent les quelques
connaissances qu'il leur reste sur le sujet. Ceux qui n'ont ni internet ni parents (ou qui ne savent se servir ni de l'un ni de l'autre) me pondent des textes hilarants. Cette méthode n'a aucun
intérêt pédagogique. On accroît les différences entre les gosses. L'unique intérêt est pour le correcteur (moi)...elle lui fait passer un bon moment de correction (et c'est rare). Dans
certains textes, les anecdotes prennent le pas sur les vrais évènements, des personnages anachroniques se pointent avec leurs gros sabots et le langage des gamins apporte un relief
intéressant aux textes. De vrais chefs-d'oeuvres d'humour (j'attends déjà les commentaires genre : L'Histoire est subjective et les gamins ont le droit d'adapter BLABLABLA)
Bien-sûr pour finir, je leur donne un texte commun qui sera leur vraie leçon d'Histoire.
Bon, je vous ai bien saoulé. J'ai perdu au moins 2 tiers de mes lecteurs.... Alors voici la récompense des plus perséverants : ce que peut donner un résumé d'élève sur les guerres de
religions.
Peut-être que certains ne verront pas la différence avec la "vraie" Histoire, les caractères gras entre parenthèses vous remettront dans le bain.
Il y a longtemps en France, tout le monde était catholique, surtout le clergé et Clovis qui a commencé à être le premier catholique de la France. Et puis un jour, Martin Lutteur (Martin
Luther) en avait mare du Pape qui gagnait trop d'argent tellement ils mettaient d'impôts sur le dos des pauvres. Le Pape faisait croire aux gens qu'ils devaient payer beaucoup d'argent
pour aller au paradis... Alors Martin Lutteur, il a dit à Jean Kekchose (Jean Calvin) qu'il fallait plus être catholiques mais qu'il fallait être protestants contre les
catholiques et surtout le Pape, et de toutes façons la vierge elle existe pas. Jean était d'accord et en plus il était français, alors il l'a dit aux français...et c'est pour ça qu'après c'est la
guerre des religions.
Un peu plus tard, en 1572, Charles IX était avec sa mère, Catherine de Midi Six (Catherine de Médicis). Elle lui disait qu'il devait faire attention au complot que tramaient
les protestant pour le tuer lui, le roi de France... Alors comme Charles n'écoutait pas... sa mère a essayer faire tuer son copain à Charles car il était protestant ( c'est plus compliqué
que ça : selon certains historiens (qui restent très partagés) Catherine avait peur de l'influence de Coligny (le copain) sur Charles IX et qu'il l'entraine dans une guerre contre les Pays Bas et
elle aurait commandité le meurtre de Coligny qui échoua). Alors d'un seul coup Charles IX il a craqué (c'était avant qu'il meurent en saignant du nez et des oreilles et des yeux), il a
dit "Faut tous les tuer, même le dernier pour qu'ils me disent rien après ("Tuez les tous pour qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher"). Il dit même aux mousquetaires qui
sont catholiques de faire des croix sur les portes des protestant parce que les mousquetaires ils sont catholiques et en plus ils ont de la peinture chez eux. D'Artagnan, il jète Coligny par la
fenêtre en premier (délire de gosse).
Alors après c'est le 28 août.. et c'est n'importe quoi. Les catholiques tuent les protestants. Y'en a même qui tuent des gens qu'ils aiment pas même si il est pas protestant quand même. Ils les
tuent avec des épées et les jetent dans l'eau et les brûlent vivants et même s'ils sont pas protestants non plus. En tout, quelqu'un a compté qu'il y avait 6000 morts partout. Et ça sapelle le
massacre de la St Barthélémy parce que Barthélémy c'est un saint qui n'aime pas le Pape non plus ( le 28 août est le jour de la St Barthélémy).
Henri IV est arrivé super tard après, en 1598 en cheval blanc et il a dit que c'était pas bien de tuer les autres et il a écrit un grand texte à Nantes vers l'océan. Dans le texte, il faut
que les gens prient comme ils veulent, où ils veulent, comment ils veulent et tout. Alors on a dit c'est Lady de Nantes (l'édit de Nantes) et après c'est la fin de la guerre des
religions.
Il était donc environ 13heures, quand l'incident majeur que j'avais entrepris de vous conter (il y a 2 posts) surgit. Cet événement n'est pas arrivé par la porte de service comme un cheveu sur la
soupe. Non, il a pris le portail principal... La lumière était déjà sur son entrée depuis le début de la matinée. Inconsciemment nous l'attendions tous... nous sentions qu'il allait arriver
quelque chose cet après-midi. Et je crois que personne n'a été surpris de voir que cet incident a fait son entrée par le biais du magicien lui-même.
Le Magicien (debout, beuglant au milieu du pique-nique) : ON M'A VOLE MON APPAREIL PHOTO NUMERIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIQUE !!!!!!!!!!!!!!
Un parent d'élève (discrètement mais pas tant que ça) : Il aura quand même fait disparaître quelque chose aujourd'hui.
Jusque là, l'humour était de bon ton... mais un rebondissemnt venant du magicien (il prend beaucoup de place celui-là) a jeté un voile obscur sur cette journée.
Le Magicien (beuglant toujours, le doigt tendu vers un gamin qui ouvrait de grands yeux) : C'EST LUI, C'EST CE GAMIN, C'EST LUI, C'EST LUI.
Bon, c'est bon, on a compris. "C'est qui ce môme, d'abord" hasardai-je, largement soulagé de ne pas reconnaître un de mes monstres. "C'est LOUIS... il l'a dit au moins 4 fois..." me fit justement
remarqué un de mes monstres. Et moi pensant à haute voix "Ah, c'est LOUIS, c'est pas LUI...". Là je vous épargne le dialogue de sourd, genre "Mais si c'est Lui, c'est Louis"... "Oui mais c'est
pas LUI.... c'est LOUIS...". Pour ce genre de quiproquo verbal, veuillez visionner la scène du dîner de con, immortalisée par Villeret et Huster.
Toujours est-il que mon soulagement dans cette affaire n'avait d'égal que l'embarras de mon pote confronté à une situation qui le plaçait entre un de ses élèves (des plus perturbateurs) et un
père d'élève accusateur et déguisé en magicien (qui plus est). Une ambiance de tension s'était installée sur notre joyeux groupe. J'étais le seul qui semblait flotter dans une atmosphère
légère et moelleuse qui me transportait. Oh mon dieu, comme j'étais content que ça ne m'arrive pas... Mon dieu, comme j'étais heureux. J'insiste... mais c'est important pour la suite.
Mon pote : Pourquoi vous êtes sûr que c'est Louis ? Vous l'avez vu ?
Le Magicien : C'est lui, j'en suis sûr... c'est toujours lui de toutes façons...depuis 5 ans que mon fils est dans sa classe, c'est lui...
Moi (sifflotant nonchalemment et shootant dans des caillou (chou, hibou, joujou, caillou) cailloux) : En tous cas, ce n'est pas dans notre classe que
cela arriverait.
Mon pote : Alors Louis, c'est toi ou non ?
Louis : Nan, c'est pas moi. Ca m'énerve, c'est toujours moi qui prend dans cette classe.
Moi (assis sur une branche d'arbre et me limant les ongles) : Pauvre gamin, c'est pas bien de s'acharner sur lui.
Mon pote (prenant une décision) : Bon, Louis, montre nous ton sac.
Le Magicien : C'est ce qu'on aurait dû faire depuis longtemps.
Louis : Mais c'est pas moooooooooi !
Moi (faisant des ricochets au bord de la rivière) : C'est cool, pour une fois on aura des trucs à dire sur le site de l'école à propos d'une sortie.
Audrey (une de mes élèves, discrètement à mon attention) : Maître, c'est Lucas qui a volé l'appareil.
Moi (retombant sur terre ou plutôt m'écrasant) : Qui ? Lucas, c'est qui ?
Ce nom m'évoquait vaguement quelque chose de familier.
Audrey : ... ben Lucas, quoi. Lucas L.... de notre classe. Lucas...qu'est au fond de la classe tout seul vers le radiateur.
Moi (la mémoire me revenant... l'écume de rage au bord des lèvres, les yeux injecté de sang) : Ah Lucas....
Audrey : Il s'est vanté et il nous l'a montré... mais maintenant il a peur de le rendre.
J'ai remercié Audrey pour sa discrétion. J'avais déjà échaffaudé un plan diabolique qui nous ferait sortir la tête haute de cette histoire, mes élèves et moi. J'avais décidé de ne rien dire, de
me taire et d'entraîner toute ma classe dans un mutisme où nos consciences allaient être éprouvées.
Je me rassurais : "De toutes façons, c'est toujours lui. Il a donc l'habitude de ce genre de situations".
Je me voyais revendre l'appareil sur E-Bay et dépenser l'argent en manuels scolaires pour redorer ma conscience.
Je m'imaginais en 1963 à la tête de la CIA après la ort de JFK... jeter en patûre aux parents gorgés de préjugés, ce pauvre "Louis" Harvey Oswald...
Finalement mon haut sens du devoir, ma pure conscience professionnelle et surtout le fait que Romain n'ait pas su se taire et ait proclamé ce cher Lucas comme l'auteur du vol sur la place
publique du pique-nique ...ont fait que j'ai passé une très mauvaise fin de journée entre Lucas et notre ami le Magicien.
Pour conclure, je laisse la parole à Lucas, lors de l'entretien que j'ai eu avec ses parents peu de temps après l'évènement. Notez que la question très idiote, ne pouvait recevoir qu'une telle
réponse.
La Maman de Lucas (essayant de comprendre) : Mais pourquoi as tu volé cet appareil numérique, chéri ?? On en a un à la maison... je ne comprends pas.
Lucas : J'ai cru que c'était un téléphone portable.
Chers parents,
je voudrais par la présente, vous informer de mon irritation grandissante suite à quelques faits dont vous, parents, êtes les auteurs ou initiateurs. Dans les exemples qui suivent, je ne
vise personne en particulier... Cela dit, si certains se sentent concernés, nous aurons déjà fait un grand pas. Voilà le genre de faits qui pourraient
éventuellement être à l'origine de ma colère (vous noterez les pincettes utilisées, en gras) :
Premier exemple : Pourquoi faut-il toujours contredire le maître de la classe quand il punit un élève ??? C'est vous parents, qui pouvez juger de l'acte de
l'enfant d'après ses seuls dires. Etes vous sûr qu'il est très objectif... C'est bien d'avoir confiance en son môme. C'est bien aussi d'avoir confiance en l'enseignant. Avez
vous vu la scène, depuis votre maison ? ( c'est vrai que vous n'habitez pas loin)... Moi, j'ai vu, votre enfant shooter de toutes ses forces dans le cartable de sa camarade (cartable qu'elle
avait, d'ailleurs, encore sur le dos). J'ai même entendu ce qu'il a lui a dit, juste avant que j'intervienne...
Bien-sûr cela n'est qu'exemple. Ne vous sentez pas visez, vous !
Deuxième exemple : Quand un enfant arrive en chaussons à l'école, c'est complétement de sa faute. A 10 ans, on est censé être autonome. Si c'est un jour où on a rugby.... on se
dit que les parents auraient pu faire attention car en plus il est demandé que les enfants aient des chaussures de rechange. Si on appelle les parents (qui n'habitent pas loin de l'école)
pour venir d'urgences amener une paire (ou 2) de baskets et que malgré leur confirmation, ils ne sont pas là au bout d'une demie heure.... on dispute l'enfant de ne pas savoir éduquer ses
parents. Si après 3 appels, le papa daigne venir avec les chaussures (tenez vous bien) de la petite soeur qui chausse du 3 ... parce que "Merde alors... elles se ressemblent vachement... les
chausssures!".... Que fait on ???? Je vous le demande à vous parents de ma classe. J'attends des réponses par le biais du carnet des enfants. Attention aux fautes, je le ferai remarquer à tous
mes collègues et on rigolera bien sur votre gueule... alors attention.
Je vous rappelle, chers parents, que ceci n'est qu'un exemple... et que je ne vise personne.
Troisième exemple : Vous, parents de ma classe, avez vous déjà organisé un goûter avec 25 enfants surexcités ? C'est ce que je fais une fois par trimestre avec vos enfants... lors des anniversaires. Ceci pourrait se passer très bien. Sauf que je ne gère pas tout. En effet, ce n'est pas moi qui ai la fabuleuse idée de
tartiner une brioche avec du put*** de Nutela qui colle, tache et j'en passe. Ce n'est pas moi qui fournit le canif Casino grand comme mon pouce pour couper cette brioche géante. Ce n'est moi non
plus qui amène une tarte grande comme un Sous bock Kronenbourg pour 25 mômes... une tarte pas cuite avec des abricots qui coulent (et qui ramolissent la pate pas cuite) et des saloperies de
bougies qui ne s'éteignent pas. Non... mais c'est moi qui doit m'en sortir. Un vrai commando d'élite et pour seule arme un canif Casino... mais que vois-je... je suis sauvé... le canif est aussi
équipé d'un tire-bouchon... ouaiiiiiiiiis. Je vais pouvoir m'ouvrir une bonne bouteille d'Arbois pendant que les chiards se pourriront le bide avec du Coca light. Ouaiiiiiiiis, il doit me rester
un bout de saucisson qui tranaille dans mon sac.... Bon anniversaire....
Salutations.Un prof qui craque.
Ps : Maman de Richard, j'anticipe votre réponse et vous réponds dès à présent. Non, ceci ne vous concerne pas exclusivement.
J'ai d'ailleurs distribué ce petit mot à tous les enfants de la classe. Et même en double pour les parents divorcés. Et mêm en liasse pour les pauvres gamins pour lesquels je n'ai toujours pas
compris la division familiale.