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8 novembre 2017 3 08 /11 /novembre /2017 12:35

Ces derniers temps, lorsqu’on partage le service de cour avec des collègues peu sociables, nul besoin de lever le nez au ciel, de se pelotonner dans son manteau et de pester contre la météo pour essayer d’établir un semblant de conversation. Il suffit d’évoquer l’affaire Weinstein, même du bout des lèvres, et la discussion part au quart de tour.

 

Les commentaires vont bon train. Chacun veut annoncer aux autres le nouveau nom lancé en pâture au grand public via le célèbre hashtag  #balancetonporc. Et de conclure dans un soupir de dégoût : « Et dire que tout le monde le savait dans son entourage ! »

 

Mais nous, qu’aurait-on fait en tant que témoin ?

Aurions-nous seulement été conscient d’être le témoin d’un acte de harcèlement ?

 

Parce que, mine de rien, il n’est pas si aisé d’entrevoir les limites du harcèlement. L’autre jour, j’ai fait un test sur Internet pour savoir si j’étais capable de distinguer le harcèlement de la séduction. Sûr de moi, j’ai cliqué sans trembler sur Oui ou Non, selon les cas exposés et après 8 questions, mon nom est venu gonfler les statistiques des 3 français sur 4 qui ne font pas la différence entre harcèlement, blagues salaces et séductions.

 

Test sur LeMonde.f

 

J’ai alors commencé à douter. Et si je n’étais pas seulement témoin…mais bien coupable.

Je suis quasiment sûr que mes actes dans cette école auprès de mes collègues féminines valent bien une petite mention sur Twitter au côté de cet hashtag dénonciateur.

 

Maintenant, je me demande juste, laquelle de mes collègues va me balancer la première.

 

Dans l’école où je travaille, mon collègue JT, me demandait chaque jour si j’avais un cahier polypro violet 96 pages en rab. Ça tournait à l’obsession. Il feignait chaque fois avoir oublié qu’il m’avait déjà sollicitée. Après avoir résisté pendant plusieurs semaines, j’ai craqué. J’ai fait une commande sur ma coop de classe et je lui ai donné un paquet de 20 cahiers. J’ai cru voir de l’écume autour de sa bouche quand il s’est avidement emparé de mon offrande. Maintenant, j’ai peur et je boucle à double tour toutes les armoires de ma classe. #balancetonporc

 

L’autre jour, dans la cour de l’école, un peu avant l’arrivée des élèves, je discutais avec 3 collègues femme. Jean T, le maître des CP, s’est alors approché de nous avec un grand imperméable. Après avoir regardé de chaque côté pour vérifier que nous étions suffisamment isolés, il a écarté prestement les pans de son manteau et nous disant : « Alors, vous en pensez quoi ? ». Il exhibait son nouveau gilet en laine 100% alpaga couleur moutarde. Nous n’en avons pas reparlé entre nous mais je crois comme moi que mes collègues ont été très choquées. #balancetonporc

 

Je n’ose plus adresser la parole à mes collègues femmes. C’est très compliqué pour la communication. Il ne me reste plus qu’un interlocuteur.

 

- Monsieur Tissier, tu pourras dire à Madame Boucard que finalement je ne vais pas à la médiathèque avec elle.

- Monsieur Tissier, tu peux demander mon livre du maître de maths à Madame Bruget.

- Monsieur Tissier, tu p….

- Hé tu fais chier Tévélis ! Arrête tes conneries, merde !!

 

Oui, il parle comme ça Monsieur Tissier, mais ça, ce n’est pas du harcèlement, c’est juste quelques fleurs dans son langage.

 

Et puis l’autre jour, j’ai été rassuré. Alors que nous étions attablés dans la salle des maîtres, le temps de midi, le sujet est revenu sur le tapis. Il était question des milieux professionnels dans lesquels le harcèlement sexuel est monnaie courante. Il semblait, selon mes collègues, que notre école était préservée. Madame Courtois a commencé à ne pas balancer :

 

- Moi, au boulot, ça ne m’est jamais arrivé de me faire harceler.

 

Et mes huit collègues femmes présentes ont toutes opiné du chef en mode #onapersonneàbalancer.

 

- C’est qu’on est bien entourées, a conclu Madame Galliot. On ne risque rien !

 

Et toutes ont souri en levant la tête vers Monsieur Tissier qui buvait son potage de vermicelles à grands slurrrps, et moi qui tentait vainement de nettoyer une tâche de sauce tomate sur mon gilet.

 

Elles avaient l’air un peu déçu mes collègues en disant ça. Pas du manque de harcèlement, bien-sûr ! Mais du manque de collègues mecs un peu plus enclin à la séduction, voire aux blagues salaces.

 

D’un seul coup, après avoir été tour à tour témoin et coupable, voilà que je me sentais victime !

 

Aux yeux de mes collègues, je suis asexué ! Un objet qu’on traite comme un homme.

 

Un bonjour et un sourire le matin, mais pas de léger frisson quand on me croise dans le couloir.

 

Un « j’ai bientôt fini » ou « je n’en ai pas pour longtemps », mais pas de troublante excitation quand on se retrouve seule avec moi dans la salle de la photocopieuse.

 

On ne risque rien en ma présence.

Aucun risque ! De rougir, de se troubler, d’avoir d’impures pensées.

 

Pas de risque non plus que je me retrouve sur Twitter après avoir balancé ma main aux fesses d’une collègue. On croira à une étourderie et on s’excusera même d’avoir collé ses fesses sur ma main.

 

Mais je sens que je ne suis pas le seul. Alors je lance un appel.

 

A tous les collègues invisibles au milieu des femmes qui ne risquent rien avec eux !

 

Témoignons sur Twitter  #personnenemebalance !

Qui pour me balancer ?

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