Les tribulations d'un futur papa

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Découvrez un Prof à l'envers en futur papa.

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Vendredi 2 septembre 2011 5 02 /09 /Sep /2011 20:19

 

La pré-rentrée. Une journée pour préparer un an. Si les gens n'avaient pas une si basse estime de la profession, ils nous prendraient pour des surhommes et des surfemmes. Des machines, qui en l'espace de six heures, vont organiser dix mois de vie, de travail et d'émotions au sein d'une école.

Cela dit, si les gens n'avaient pas une si basse estime de la profession et qu'ils nous voyaient pendant cette journée de pré-rentrée, ils auraient une basse estime de la

profession. Car notre rendement est digne de celui d'un guichetier des PTT à la belle époque.

 

Mais avant tout, on n'est pas là pour faire des fiches de préparation, des photocopies et des entêtes de cahier . On est là pour construire de bonnes bases sur lesquelles on pourra évoluer en toute quiétude tout au long de l'année.

 

Tout le monde est motivé. Tout le monde y met du s

ien. Pas de dispute, pas de commentaire désobligeant, pas même de sous-entendu. On se sourit, on s'écoute. On rit aux bons mots de Monsieur Jeanti. On s'indigne avec Madame Lafeuille sur la météo de cet été.

 

Cette journée est sous le signe de la bonne humeur. Un peu comme dans une comédie musicale de Jacques Demi. On s'attend à tout moment à voir débarquer Directrice et Madame Boucard en robe légère chantant à l'unisson : « Nous sommes deux professeures, nées sous le signe de l'entente Ré Mi Fa Sooooool La Si, Ré Mi Fa Sol La Si Ré Do ! ».

 

On sait bien qu'à la fin de l'année, on ne se supportera plus. Qu'on claquera la porte de l'école début juillet sans même un « Bonnes vacances » poli à nos collègues. On sait bien qu'à Noël, l’ambiance se sera déjà dégradée et que nous irons à reculons acheter un cadeau à 5 euros à la personne désignée par le sort. On sait bien que dès demain, à la seconde journée de pré-rentrée, les premières tensions naîtront autour du planning du préau ou de la salle informatique.

 

Mais en attendant, on est complice. Complice et chronophage. Liés comme les doigts de la main dans l'adversité qui nous oppose à Directrice et son stricte emploi du temps de la journée.

 

On gagne du temps avant de « vraiment » se mettre au « boulot ».

 

Mme Lafeuille  exhibe un chapeau de paille marron et se vante :

 

Mme Lafeuille : Seulement 60 livres égyptiennes dans le souk du Caire.

Mme Boucard : Ça fait combien en euros ?

Mme Lafeuille : Sept euros, mais après de rudes négociations.

On lui fait confiance. Mme Lafeuille est experte en la matière. L'an dernier, ses élèves négociaient les punitions.

 

L'élève : Oh non Madame. Pas à faire signer par les parents. S'il vous plaît !

Mme Lafeuille : D'accord, mais tu fera 60 lignes au lieu de 40.

L'élève : 50

Mme Lafeuille : 50 mais je te mets une phrase plus longue.

L'élève : Tope- là

 

Du coup, on admire tous le fameux chapeau. On s'extasie en apparence mais on bout à l'intérieur. Madame Lafeuille nous a mis dans une impasse avec son histo

ire de chapeau. Pas moyen de relancer la conversation en restant naturel.

Plus que 15 secondes de blanc et Directrice va nous « inviter » à commencer la réunion de préparation. Regard paniqué de Monsieur Jeanti vers Mme Boucard qui d'habitude est plutôt en verve. Elle sèche. Mme Lafeuille se sent fautive. Elle tourne son chapeau dans tous les sens et semble chercher une réplique qui y serait inscrite. Plus que 4 secondes.

 

Je me lance. Tant pis pour l'artifice.

 

Moi : Y'avait d'autres couleurs que marron ?

 

Je suis résigné. C'était ma seule cartouche. La dernière. Directrice va prendre les choses en main et dans 5 minutes, on sera sagement assis autour d'une table à l'écouter faire son travail de directrice.

 

C'est sans compter sur l'étonnante capacité qu'ont mes collègues à rebondir sur rien. Sur une couleur, en fait.

 

Voilà, c'est reparti.

C'est pas marron, c'est chocolat. C'est pas chocolat, c'est taupe. Et par association d'idées, on parle alors des taupes du jardin de Mme Boucard. De Monsieur Boucard qui s'est blessé avec un tesson de bouteille en voulant piéger ces pauvres animaux. Du services des urgences de notre ville. Du Docteur Untel qui ressemble beaucoup au Docteur Mamour de Grey's Anatomy. Qu'il est beau !

Du programme télé de l'été. Du secret de Zarko. De Morgan qui s'est fait buzzer. D'envoyer spécial. D'un sujet en particulier sur l’Égypte et la désertion des touristes.

 

Et comme on sent que la boucle est bouclée, que le Caire, son souk et le chocolat-taupe du chapeau de Madame Lafeuille ne sont plus très loin, on laisse passer les 15 secondes fatidiques en vidant nos cafés froids à l'unisson, et Directrice peut enfin lancer la journée de labeur.

 

 

Autour de la table, cette année, il y a une nouvelle. On se présente.

 

Directrice : Mme Dubois, directrice. En charge des CM1. Déchargée à mi-temps.

Mme Lafeuille : Mme Lafeuille, maîtresse des CP.

M. Jeanti : M. Jeanti, maître des CE1. Délégué syndical au SNUIPP. De ce fait, déchargé à mi-temps. T'es syndiquée ?

Directrice : Ce n'est pas le moment, M. Jeanti.

Mme Lécureuil : Mme Lécureuil, maîtresse des CLIS.

Mme Boucard : Mme Boucard, maîtresse des CE2-CM1.

Moi : Walter, maître des CM2.

Magalie : Magalie : Décharge de Directrice et de M. Jeanti.

 

Un silence.

Un peu long.

Tous les regards sont tournés vers la nouvelle. Elle griffonne un truc sur son cahier. Elle doit prendre des notes. On est nombreux. Au moins sept.

Je regarde. Non, elle dessine un lapin qui pousse une brouette pleine de carottes.

 

Directrice : Ohé, du bateau. C'est à toi qu'on parle. Nous, on se connaît tous. On s'est présenté. A ton tour.

 

On baisse tous la tête devant les propos rudes, inhabituels et inexplicables de Directrice. On baisse la tête aussi en repensant à toutes les formules réconfortantes qu'on avait utilisées pour accueillir la nouvelle. « Tu verras, y'a une bonne ambiance ici ! », « T'aurais pas pu tomber sur une meilleure équipe. », « Directrice ? Elle est super cool ! ».

 

Alors, la nouvelle se réveille. Elle s’interrompt dans la finition du pneu de la brouette, et, le plus calmement du monde, se présente.

 

La nouvelle : Sonia, maîtresse de... ce qui reste.

Elle lance un regard interrogateur à directrice.

Directrice : CM1-CM2. Mais tu le savais déjà.

Sonia : … des CM1-CM2.

Directrice : Tu peux nous dire de quelle école tu viens ?

Sonia : C'est ma première affectation. Je débute. Mais vous le saviez déjà.

 

Ça y est, c'est fait. L'année peut démarrer, maintenant. Les bases sont lancées.

 

Les bonnes bases d'une guerre ouverte. Les deux protagonistes ont déployé leurs troupes. Cette année, l'école risque d'être un joyeux champs de bataille.

 

A midi, lorsque, la réunion terminée, nous s

ortons de la salle, j'entends Monsieur Jeanti qui accompagne la nouvelle dans le couloir.

 

M. Jeanti : Tu sais que le SNUIPP peut t'aider en cas de conflit avec ta hiérarchie.

 

 


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Par Walter - Communauté : BALOURDISES
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Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 17:37

Ce matin, dans ma boîte mail.

 

Boîte de reception : 1 nouveau message

Expéditeur  : Directrice.    Objet : Avis aux  étourdi !

 

Les vacances sont bientôt finies.  Je vous rappelle que la rentrée, c'est jeudi.

Comme évoqué en fin d'année dernière lors du dernier conseil des maîtres, exceptionnellement la pré-rentrée s'effectuera sur 2 jours. Le jeudi et le vendredi.

 

Je me permets de vous rappeler ce petit détail, étant donné que lors de ce dernier conseil, certain(s) petit(s) rigolo(s) n'étai(en)t pas des plus attentif(s). Je pensais voir ce(tte)(s) même(s) personne(s) au cours du mois d'août  lors de mes nombreuses présences à l'école pour l(a)(es) prévenir. En vain.

 

A  Jeudi, 9 heures, sans faute.

Directrice.

 

D'abord, la faute d'orthographe dans l'objet.

 

Ensuite, le pluriel entre parenthèses.

 

De plus, je suis le seul destinataire.

 

Je vérifie dans ma boîte de reception, les anciens mails que Directrice m'auraient adressés. Je constate que Directrice est suffisamment douée en informatique pour envoyer un message collectif mais pas assez pour cacher le nom des autres destinataires.

 

J'en conclu que le petit rigolo pas attentif du dernier conseil des maîtres, c'est moi. Et ça fait mal.

 

Mais pas aussi mal, que d'apprendre que les vacances sont amputées d'une précieuse journée. La meilleure, la dernière. Celle où on a tant de choses à faire. Celle où on se rappelle soudain que l'on a pas assez profité du jardin, du vélo, de la tondeuse. Celle où il fait généralement le plus beau. Pas trop chaud, pas trop froid. La dernière journée de vacances quoi.

 

Tant pis, la dernière journée,  ce sera demain.

 

 

 

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Par Walter - Communauté : BALOURDISES
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Mercredi 24 août 2011 3 24 /08 /Août /2011 14:46

Elle : Tévéliiiis ! T'entends pas, y'a le Petit qui pleure depuis 10 minutes.

 

Elle monte, me rejoind dans le bureau et réitère sa question.

 

Elle : Tu l'entends pas pleurer ? Je suis occupée, tu pourrais y aller.

Moi : Ma mère, elle dit qu'il faut le laisser pleurer, ça lui fait les poumons.

Elle : Ta mère, elle t'attachait aux barreaux du lit pour pas que tu te griffes.

Moi : C'était une bonne idée. Non ?

Elle : Elle a jamais pensé à te couper les ongles ?

 

Le téléphone sonne. Elle descend pendant que je me dirige dans la chambre du Petit.

 

Elle remonte quelques secondes plus tard, me tend le téléphone que je lui troque contre notre fils.

 

Elle : Ton éditeur.

 

La classe. « Ton éditeur ». « Ton », le tien. Le mien. La classe.

 

D'autant plus la classe, que c'est la première fois qu'il m'appelle.

 

L'éditeur : Dîtes, on est le 24 aôut 2011, votre livre sort aujourd'hui. Faudrait penser à faire un peu de promo.

Moi : C'est fait, j'ai appelé ma mère. Elle s'en occupe.

L'éditeur : Sinon, y'a des émissions que j'ai contactées. Il faudrait vous y rendre.

 

Il me raconte que sur Europe 1, Drucker est prêt à jeter Amanda Lear pour m'avoir à son micro. Que Nikos peut déprogrammer Lorànt Deutsch pour m'interviewer.

 

Ce soir Mélissa Torio m'accueillerait bras ouverts sur son plateau si je daigne me déplacer.

 

Il a même obtenu un passage à l'émission Baby Boom la semaine prochaine.

 

Mais le pompon, ce serait mon intrusion en plein milieu du prime de Secret Story en arrivant  en parachute dans la piscine.

 

Moi : Sinon, y'a mes blogs.

L'éditeur : Va pour les blogs. J'annule tout le reste.

 

C'est pas que je fasse la fine bouche. Mais Paris quand il pleut, c'est pas mon truc. Je préfère rester bien au chaud derrière mon clavier pour vous annoncer que

 

« Les tribulations d'un futur papa » paraît aujourd'hui chez City Editions.

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Vous pouvez le trouver dans n'importe quelle librairie. Enfin je suppose.

Ou le commander par ici : FNAC     AMAZON       DECITRE

 

Merci encore pour votre soutien, vos commentaires et le simple fait que vous ayez lu ce texte jusqu'au bout.

 

Par Walter - Communauté : BALOURDISES
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Mercredi 25 mai 2011 3 25 /05 /Mai /2011 10:18

10h02. Le groupe de quatre est en formation très serrée. Une tape dans la main. Un cri sauvage. Et Cobra d'Enfer lance le début de l'opération « Fête des mères ».

 

10h03. Les quatre commandos surentraînés se dispersent dans la cour. Leur camouflage « cour de récré » est parfait. Personne ne les remarque. Bermudas, sandales, casquette Batman, T-shirt tâchés de feutre. Ils ont pensé au moindre détail.

 

10h03 : Jambon Beurre se faufile entre les CM1 qui jouent au foot et vient se coller contre la mousse de protection du panier de basket. Il est à l'abri des regards des vigies. Il porte son talkie à la bouche : « Paré ».

 

10h04. Poulpe GTI et Princesse Câlin se dirigent vers la jardinière au sud-est de la cour. Ils sortent des billes de leurs poches et commencent une partie de tiquette.

 

10h04 : Cobra d'Enfer qui supervise l'opération depuis les toilettes des garçons est à son poste. Debout sur la cuvette, accoudé à la fenêtre donnant sur la cour.

 

Cobra d'Enfer : Phase 1 terminée. Parés pour la phase 2 ?

Jambon Beurre : Paré !

Poulpe GTI : Paré !

Cobra d'Enfer : Et Sonia ?

Jambon Beurre : On avait dit de pas dire les prénoms.

Cobra d'Enfer : Je me souviens plus de son nom de code.

Poulpe GTI : Princesse Catin... ah non, attend je te la passe, elle a pas l'air content.

Princesse Câlin : C'est Princesse Câlin, c'est pas dur à retenir.

Cobra d'Enfer : C'est pas un vrai nom de code. On dirait le nom d'une poupée.

Princesse Câlin : Et Jambon Beurre, c'est un vrai nom de code, ça ?

Jambon Beurre : Dégagez la ligne les gars. Y'a la vigie n°1 qui rôde pas très loin.

 

10h06 : La vigie n°1 a trouvé étrange l'attitude d'un élève collé contre la panneau de basket et semblant parler tout seul. Elle s’approche dudit élève, mais ne constatant rien d'anormal, elle retourne à son poste.

 

Jambon Beurre : C'était moins une.

Cobra d'Enfer : On laisse la ligne dégagée jusqu'à nouvel ordre. La phase 2, va bientôt commencer.

 

10h07 : Tout se déroule comme prévu. La vigie n°2 abandonne son poste au milieu de la récré pour aller se chercher un café. La vigie n°3 est trop éloignée du centre des opérations, elle ne verra rien. Reste à neutraliser la vigie n°1.

 

Cobra d'Enfer : Jambon Beurre, c'est à toi de jouer. Poulpe GTI et Princesse Machin, tenez vous prêts.

 

10h07 : Jambon-Beurre sort de sa planque. Un CP passe en courant vers lui. Une aubaine. Jambon Beurre lui colle un taquet sur le haut du crâne. Surpris, le CP s'arrête dans sa course. Voyant qu'il a affaire à un CM2, il se met à pleurer. Jambon Beurre attend. Malheureusement, le CP ne va pas se plaindre à la vigie n°1. Il cherche sa maîtresse qui n'est pas de service ce matin et court en direction de la salle des maîtres. Cela va prendre trop de temps.

 

10h08 : Jambon Beurre n'a pas le choix. Il renouvelle l'opération « Taquet » avec un CE1 qui passe. Celui-ci se dirige directement vers la vigie n°1 qui ne tarde pas à rappliquer avec des yeux tout ronds et des sourcils froncés.

 

Vigie n°1 : Ludovic, je peux savoir ce qui s'est passé. Edine dit que tu lui a donné une claque.

Jambon-Beurre : Que me dice ?

 

Cobra d'Enfer qui a tout vu depuis son poste d'observation lance le signal.

 

Cobra d'Enfer : Phase 3. Je répète, la voie est libre. La phase 3 peut commencer.

 

10h10 : Poulpe GTI et Princesse Câlin stoppent leur fausse partie de billes et entament la phase 3. Heureusement, ils peuvent opérer librement car la plupart des élèves qui était dans le secteur fait cercle, à présent, autour de Jambon Beurre qui se fait sermonner de plus belle car il feint ne plus comprendre le français et ne parle qu'en espagnol, ce qui met la vigie n°1 dans un état de fureur extrême.

 

10h11 : La phase 3 se déroule sans problème. Maintenant, il faut se débarrasser de la marchandise. Poulpe GTI et Princesse Câlin sont à présent près du mur qui borde la cour. Dans un mouvement vif, à l'unisson, les deux commandos envoient valser leur cargaison de l'autre côté du mur.

 

10h12 : Cobra d'Enfer est assis sur la cuvette à présent. Il sourit. L'opération « Fête des mères » est un succès. Il ne reste plus qu'à récupérer la marchandise à 11h30 après l'école. Il sait que la ruelle bordant la cour est peu fréquentée. De plus , à part eux-mêmes, leur butin n'intéressera personne.

 

10h13 : Poulpe GTI et Princesse Câlin se rendent sur le lieu du débriefing. Leurs regards croisent celui de Jambon Beurre assis dans le coin des punis. D'un signe de la main, celui-ci leur explique la teneur de la punition.

 

Princesse Câlin : Cent lignes. Il s'en sort plutôt bien.

Poulpe GTI : De toute façon, c'était prévu, il aura une plus grosse part que nous au moment du partage.

 

10h14 : Débriefing rapide. Les trois compères sont satisfaits.

 

10h15 : Sonnerie. Les 4 commandos se retrouvent dans les rangs mais pour plus de prudence ils se rangent séparément.

 

10h37 : Directrice entre dans ma classe.

 

Directrice  ( s'adressant aux élèves) : Vous avez remarqué que depuis quelques jours les jardinières de la cour sont fleuris. C'est le travail de la classe de CLIS qui a planté des fleurs pour embellir la cour. Cependant nous avons eu la regrettable surprise de voir que pendant la récréation de ce matin, une jardinière a été dévastée. Plus une fleur. Plus une seule.

 

Elle continue en parlant de dénonciation spontanée, d'environnement, de la nature, du travail des élèves de CLIS.

 

Ludovic, Sonia, Shems et Edouard écoutent très attentivement. Ils comprennent tout ça. Le respect de l'environnement, la valeur du travail, le désarroi des élèves de CLIS, la notion de propriété et de vol.

 

Bien-sûr qu'ils comprennent tout ça. Mais malgré cela, ils ne peuvent s’empêcher de penser au sourire de leurs mères quand ils leur offriront un jolie bouquet de fleurs, dimanche matin.

 

 

 

http://www.e-cartes.com/wordpress/wp-content/uploads/2009/05/carte-fete-des-meres.jpg

Par Walter - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 22:47

On frappe à la porte de la classe. J'ouvre et tombe nez à nez avec Jocelyne, la dame qui fait l'entretien de ma classe (entre autre). Elle porte un grand sourire et un seau encore plus grand. Elle me le tend.

 

Jocelyne : C'est pour toi.

 

Curieux, je m'approche et regarde à l'intérieur du seau. Vide.

Mon regard doit être éloquent car lorsque je lève la tête, Jocelyne me dit.

 

Jocelyne : Pas dedans, ballot. Le seau. C'est le seau que je te donne.

 

Je ne sais pas ce qui m’interloque le plus. Jocelyne qui m'offre un seau vide devant toute ma classe ou Jocelyne qui me dit « ballot » devant toute ma classe.

 

Je la remercie du bout des lèvres et s'apercevant de mon désarroi, elle précise.

 

Jocelyne : C'est pour remplacer ton vieux seau. Celui qui a l'anse cassée.

 

En fait de seau, c'est un ex-pot de mayonnaise de la cantine. Il est là au pied de l'estrade, et me sert à mouiller l'éponge lorsque j'efface le tableau.

 

Jocelyne : C'est avec mon argent.

Moi : Ben, fallait pas Jocelyne. Je ne sais pas...

Jocelyne : Je sais, je sais. T'as rien pour moi. Mais je t'ai pris pas surprise. Ce sera pour plus tard.

 

Mince alors. Qu'est-ce-qu'on offre en échange d'un seau. Nadine de Rothshild n'a pas pensé à ça.

Et puis, qu’est-ce-qu'il a mon pot de mayo ? Il est très bien.

Jocelyne semble lire dans mes pensées.

 

Jocelyne : J'en pouvais plus de ton ancien seau. Pas moyen de le déplacer quand je lavais le sol, vu que l'anse est cassée. Alors je le renversais une fois sur deux. En plus, celui-là il est plus grand, c'est mieux. C'est avec mon argent, hein !

Moi : Oui, oui, merci Jocelyne. Les enfants, vous remerciez Jocelyne.

Les enfants : Merci Jocelyyyyne !

Ludovic : C'est cool une lance, ce sera plus pratique.

Mamar : Ouais, mais plus lourd aussi, vu qu'il est plus gros.

 

 

Le lendemain matin, j'entre dans ma classe un matin. Je pose la pile de cahiers du jour par terre. Par terre, car il n'y plus de place ailleurs. Ni sur mon bureau où les dossiers des CM2 destinés à la sixième s'entassent depuis plusieurs jours. Ni sur la grande table du fond où sèchent depuis trois semaines des productions gouachées. Du coup, par terre, c'est très bien.

 

Dire que je harcèle les gamins à longueur d'année, pour qu'ils aient un casier impeccable. Heureusement qu'ils ne sont pas assez insolents pour me faire remarquer que mon bureau est encore plus désordonné que le moins soigné des cahiers.

 

Un peu comme lorsque, moi-même CM2 à l'époque, j'avais assisté à une scène cultissime dans les annales de l'insolence.

 

M. Frachebois ( rouge de colère , lançant le cahier du jour de Florian Crepin à travers la classe ) : FLORIAN !!! TON CAHIER DU JOUR, C'EST PAS UN BROUILLOOOON !!!!!

Florian Crepin : Monsieur, mon cahier du jour, c'est pas un avion.

 

Je me dis simplement que je rangerai plus tard. Je monte sur l'estrade, prends une craie et écris la date. Au moment de redescendre, je manque de mettre le pied dans le seau de Jocelyne. Dans un réflexe de footballeur, je shoote pour éviter de mouiller ma chaussure.

 

Malheureusement mon pied emporte l'anse du seau, puis le seau lui-même et un immense geyser en surgit pour inondé la classe. Je me retrouve sur mon estrade, comme sur une île, en train de regarder si un navire de passage pourra me sauver. Mais les seules embarcations que je vois, sont les cahiers du jour qui flottent devant moi, suivi du seau vide dont l'anse s'est cassée dans la bataille.

 

Une demi-heure plus tard, les élèves sont rangés dans le couloir. Je donne le signal et guette leur réaction lorsqu'ils entrent en classe.

 

Bien-sûr, j'ai usé de la serpillière et ouvert la fenêtre. Donc aucune trace d'eau par terre. Ce qui rique de les laisser pantois, c'est plutôt le fil à linge improvisé à travers la classe, où accrochés par des pinces à linge, pendent... leurs cahiers du jour.

 

Lorsque je vois leurs yeux remplis d'incompréhension et leurs bouches ouvertes de stupeur, je me fais la promesse de ne plus leur faire la moindre remarque à propos du soin... au moins jusqu'à demain.

 

Pour couronner le tout, le lendemain en rentrant en classe avec mes cahiers du jours tout gondolés mais néanmoins corrigés, je découvre un message écrit à la craie sur mon tableau. C'est Jocelyne.

 

« Je ne comprends pas. Mais vraiment pas. Une anse, c'est quand même plus pratique ! »

 

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Par Walter - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 21:36

Chaque année, c'est pareil. Lorsqu'en Histoire, entre en scène un nouveau personnage, avant même de se questionner sur son implication dans notre Histoire nationale, les élèves me demandent de quoi il est mort. Il est rare que je le sache. Au mieux, je leur donne la date, on calcule son âge et on en conclut une mort violente ou pas, selon son âge.

 

Parfois, je m'attarde si je connais les circonstances. Le bûcher de Jeanne d'Arc, le guet-apens de Roland, neveu de Charlemagne.

 

Cette année, c'est Shems qui se charge de répondre aux questions nécrologiques. Un vraie encyclopédie de la mort en Histoire.

Certains connaissent les capitales par cœur, lui c'est les morts.

 

Un élève : Vercingétorix ?

Shems : Traîné dans les rues de Rome puis étranglé dans son cachot.

Un autre : Lucy ?

Shems : Noyade supposée.

Un autre encore : Napoléon ?

Shems : Cancer de l'estomac.

 

Quand je l'ai interrogé sur ses connaissances surprenantes en matière de décès historique, il m'a parlé d'un livre de son père qui relatait toutes les circonstances des morts célèbres de l'Histoire.

 

Shems a dû se documenter un peu en médecine pour donner plus de détails aux autres élèves.

 

Un élève : Charlemagne ?

Shems : Pleurésie.

L'élève : C'est quoi ça ?

Shems : Les poumons. Fatal à cette époque. En plus, il avait 72 ans.

 

Un élève : Saint Louis ?

Shems : Dysenterie.

Les autres : ???

Shems (un sourire aux lèvres) : Infection du colon.

 

Comme ils ont encore en tête le schéma du système digestif du mois dernier, une grimace de dégoût apparaît sur leurs visages. Shems paraît satisfait.

 

Puis par association d'idée :

 

Un élève : Christophe Colomb ?

Shems : La goutte et l'arthrite. Riche mais complètement seul.

 

Ce que les autres élèves aiment avant tout, c'est les détails croustillants. Ils reposent leurs romans de la collection Frisson de Folio Junior ou Chair de Poule de chez Bayard, et écoutent attentivement Shems leur raconter la mort de César.

 

Shems : Lors d'un conseil, Jules César est entouré par ses sénateurs. L'un d'eux s'approche de lui et arrache sa toge. C'est le signal. De nombreux sénateurs se jettent sur lui et le frappent de 23 coups de poignard. Parmi eux, Brutus, son fils. En le voyant César dit  «  Toi aussi, mon fils ! ».

 

Digne des dialogues de StarWars. Les gamins sont conquis et Shems enchaîne avec la lente agonie de Louis XIV qui met une semaine à mourir dans d'atroces souffrances, d'une gangrène sénile. Souvent je dois mettre fin à ces échanges pour éviter que le CSA colle un macaron « Interdit aux moins de 12 ans » sur la porte de la classe. Je censure.

 

En ce moment, on étudie la révolution. Bien-sûr à l'évocation de Louis XVI, tous les mômes se tournent vers Shems. Mais celui-ci sait qu'il va les décevoir. Il ne va rien leur apprendre.

 

Shems : Guillotiné.

Ludo : C'est tout ? Même pas en plusieurs fois.

Shems : Non, rien de passionnant. Ils ont juste couvert ses dernières paroles avec des roulements de tambour.

 

Les autres sont déçus.

Lorsque j’évoque la Terreur et le rôle de Robespierre, un autre mouvement de bustes s'opère vers Shems. Il hausse les épaules. Il n'en sait rien. Les autres n'insistent pas.

 

Le lendemain, Anna arrive vers moi avec un gros livre. Je le reconnais tout de suite : Alain Decaux raconte l'Histoire de France aux enfants. Un classique de vulgarisation de l'Histoire pour la faire comprendre aux enfants.

 

Anna m'explique que la mort de Robespierre y est relatée et elle voudrait que je la lise à la classe.

 

Alain Decaux. L'Histoire aux enfants. Je ne me pose pas de questions et ne flaire pas le piège. Elle me montre la passage.

 

Je lis : « Robespierre, déclaré « hors-la-loi », se tire une balle de pistolet dans la bouche. Il se rate. Quand on le porte sur l’échafaud, le bourreau arrache d'un seul coup le pansement sanglant qui soutenait sa mâchoire fracassée. Celui-ci pousse le cri inarticulé d'une bête qu'on égorge. On le jette sur la bascule. Le couperet tombe. La tête roule dans le panier du bourreau. »

 

C'est court mais intense. Les mots pistolet, mâchoire fracassée, cri inarticulé, bête qu'on égorge, tête qui roule, ont fait leur effet. Les mômes poussent des cris de dégoûts mais leurs visages restent souriants. Ils sont contents que ce soit moi qui leur aie raconté la mort la plus gore de l'année.

 

 

http://1.bp.blogspot.com/--nBgkdpAwyQ/TZDGtRoReUI/AAAAAAAASAs/dUyztlgdErA/s1600/Arrestation_de_Robespierre.jpg

Par Walter - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Mardi 10 mai 2011 2 10 /05 /Mai /2011 22:40

 

Je suis dans ma classe avec la maman de Kenny. Elle a souhaité me parler d’une chose importante concernant son fils.

Kenny, c’est le même que dans South Park. Celui avec la capuche qui lui dissimule la quasi-totalité du visage. Celui qui ne s’exprime jamais, ou que par onomatopée. Celui qui meurt dans tous les épisodes.

Le Kenny de ma classe, il est pareil. Sauf qu’il n’est encore jamais mort et qu’il doit enlever sa capuche à l’intérieur de l’école.

Physiquement aussi c’est le même. Petit, les bras tendus le long du corps, les épaules basses et le dos un peu voûté par un poids imaginaire.

Pas si imaginaire que ça. C’est sa mère, ou plutôt sa présence constante qu’il porte comme un lourd sac à dos.

 

La mère de Kenny, elle ne s’exprime pas beaucoup non plus. Pourtant aujourd’hui, elle fait de longues phrases. Si longues et tellement dénuées de tout intérêt dans le contexte d’un rendez-vous parent-prof que j’ai du mal à la suivre.

 

Elle me parle des difficultés qu’ils ont, elle et le père de Kenny, pour faire manger le petit. Il n’aime rien et elle et son mari n’ont pas envie de flancher sur le domaine de l’éducation aux goûts et aux saveurs.

Alors, ils galèrent à tous les repas pour lui faire avaler son apport calorifique nécessaire. Et au vu de la vitalité peu débordante dont fait preuve Kenny en classe, je me permettrais de dire qu’ils échouent très régulièrement.

 

Ensuite elle me parle du menu d’hier midi. Des endives au jambon. Elle m’explique qu’après avoir sucé les endives et léché le jambon pour en extraire toute la sauce béchamel, Kenny, sous la contrainte, commence à mâcher pendant de longues heures la moitié d’endive et le morceau de jambon que son père lui a enfournés dans la bouche.

La mère de Kenny raconte ensuite, que son fils a l’habitude de faire des boulettes de ces aliments qu’il coince dans le coin de la bouche en attendant que le repas se termine.

Il arrive régulièrement que son père lui fasse recracher la boulette (parfois très grosse) et qu'il la lui recoupe dans son assiette pour qu'il la mange.

 

Soudain son discours prend un tournant inattendu.

 

La mère : Sinon, en classe, il est comment ?

Moi : Assis, le plus souvent.

La mère : ... il participe ? Je veux dire.

Moi : Ben, pas beaucoup, mais vous le savez, on en a déjà parlé.

La mère : Oui, mais hier par exemple, il était comment.

Moi : En pantalon de velours, je crois. Avec un pull moutarde. C'est ça ?

La mère : Non mais en participation, il était comment ?

Moi : Ben, normal quoi. Effacé comme d'habitude.

 

Je ne vais quand même pas lui dire qu'hier, j'ai envoyé son fiston chercher les calculettes vers Directrice et que je ne l'ai retrouvé qu'une heure plus tard derrière la porte de la classe alors que nous sortions en récréation.

 

Moi : Ben, pourquoi tu n'as pas toqué ?

Kenny : ....

 

Cela dit, il a bien fait de ne pas répondre. La question était idiote. Il est évident qu'il n'a pas pu frapper à la porte car il avait les mains encombrées par le carton de calculatrices.

 

Du coup je ne lui dis pas. Et elle reprend.

 

La mère : Non, parce que hier midi, à table, Kenny a fait une boulette. Son père étant absent, je n'ai pu lui faire recracher. Il est parti à l'école avec sa boulette.

Moi : Ce serait bien qu'on arrive au vif du sujet, quand même.

La mère : Hier soir en rentrant à la maison, il avait encore sa boulette. Je voulais savoir comment vous ne l'aviez pas remarqué.

Moi : ....

 

Je ne tente même pas de me justifier. Je réfléchis simplement. Je repense à tout ce qu'on a fait hier en classe et quel calvaire ça a dû être pour Kenny de conserver sa boulette tout l'après-midi. Le chant, le sport, la récitation, la gâteau d'anniversaire de Ludo.

 

La maman insiste.

 

La mère : Comment vous n'avez pas vu qu'il avait la bouche pleine pendant toute une demi-journée ?

Moi : En général, je remarque plutôt ceux qui mâchent. Et comme je vous l'ai dit, Kenny est inexistant en classe alors...

 

Je commence à être sur la défensive. En mode agressif, je m'apprête à la remettre en place. Mais elle réplique.

 

La mère : Non, parce que si un jour vous remarquez qu'il a une boulette, vous lui faîtes cracher et vous la conservez. Son père la fera recuire pour le repas du soir.

 

Et elle conclut : Ça lui passera peut-être l'envie.

 

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Par Walter - Communauté : Sourire ou éclat de rire.....
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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 11:20

 

Pendant la récréation. Libre de service, je me récrée ( ou me recrée) dans la salle des maîtres. Le bruit des enfants se divertissant nous parvient depuis la cour. Soudain, une sirène retentit. Lointaine. Hors des locaux. Dans la cour, peut-être.

 

Mme Lafeuille : C'est pas déjà la sonnerie, on vient de descendre.

Mme Dubois : C'est pas l’alarme non plus, on ne l'entend presque pas.

Moi : C'est pas une sirène...ni une sirène d’ailleurs...c'est Lina qui pleure.

 

Dix minutes plus tard. La vraie sonnerie a retentit, les élèves sont rangés. Mais Lina persiste.

Un gros chagrin sans doute. Au moins une tricherie aux billes ou un refus de prêt de corde à sauter.

 

Je me lance alors du haut d'un rocher et plonge dans les larmes de la pauvre fillette. J'espère en ressortir une rose entre les dents pendant qu'elle me survolera en deltaplane, comme dans la pub ULTRA BRITE. Malheureusement, je me trouve entraîné malgré moi dans un tourbillon qui m'aspire vers le fond. Pas moyen de la consoler, ni de connaître l'origine de ses pleurs.

 

Pour le coup, le reste de la classe semble désolidarisé de la pauvre Lina. Sans doute, parce que ce matin elle m'a aidé à remettre la main sur les photocopies de l'évaluation de maths que je devais leur faire passer.

Personne ne semble savoir pourquoi elle pleure. Enfin, personne ne le dit.

 

Moi : Alors, y'a bien quelqu'un qui sait. Pourquoi elle pleure, Lina ? Quelqu'un lui a fait du mal ?

Sarah : Ben non ! Au contraire, je lui ai donné mon goûter.

Ludo : C'est pour ça qu'elle pleure alors.

 

Tout le monde rigole. Personne n'est dupe. Ludo faisait bien référence aux saveurs originales des gâteaux que Sarah apporte aux récréations. Ils se sont tous fait avoir au moins une fois, et ont été surpris, après avoir troqué leur Cap'tain Choc ou leur Pitch, de croquer dans une part de cake au manioc ou au gingembre.

 

Malgré tout, il faut remonter en classe. Et finalement, c'est dans la montée d'escaliers, les langues se déliant, que j'en apprends davantage sur le cas Lina. Arrivé en classe, j'en suis quasiment sûr et c'est Lina, elle-même, qui confirme dans un hochement de tête qui finit de noyer son cahier du jour.

 

Ses clés sont passées à travers la grille d’égout de la cour.

 

Les pleurs sont justifiés. Elle risque de se retrouver à la rue en rentrant chez elle. Pire ! Elle risque d'attendre dans le bureau de Directrice que sa mère vienne la chercher. Pire encore ! Elle risque de manger à la cantine.

Je compatis en pensant au camion SODEXHO qui décharge chaque matin dans la cour une cargaison douteuse à l'odeur plastifiée.

 

J'envoie alors Romain, élève de service, chercher Directrice.

Quand cette dernière arrive dans la classe dont le calme ambiant est parasité par les sanglots et les reniflements de Lina, je lui explique brièvement le problème. Elle semble à mille lieues de ces préoccupations et je ne serais pas surpris qu'elle hausse les épaules en disant «  C'est pas la mort ! ».

 

C'est pas la mort, certes, mais c'est plutôt agaçant une gamine qui pleure quand on essaie d'expliquer au reste de la classe que Louis Soleil n'est pas arrivé en vaisseau spatial sur Terre.

 

Du coup, j'abats ma dernière carte.

 

Moi : Bon, ben, tu peux au moins appeler Mme Machin, la mère de Lina, pour la prévenir.

 

Ça marche. Directrice réagit. A l'évocation de son nom de famille, elle remet Lina. La fille de la chieuse du conseil d'école. La trésorière de l'association des parents d'élèves. Du genre coriace. Du genre qui connaît les programmes par cœur.

 

Directrice quitte alors la classe sur ces mots : « Je m'en occupe ! ».

Au ton qu'elle emploie, je sais qu'elle va utiliser les gros moyens pour récupérer les clés, quitte à plonger elle-même en maillot de bain et en pince-nez dans les profondeurs putrides de la cour.

 

Pourtant ce n'est pas la Directrice en bikini que je vois un peu plus tard dans la cour, mais un de ces énormes camions munit d'un aspirateur géant. Deux employés de la mairie en sortent et je vois Directrice qui leur désigne la plaque d'égout.

 

Les 2 gars commencent leur boulot. Un odeur pestilentielle s'infiltre dans la classe. Les élèves qui n'ont pas encore vu le camion, pensent que Sodexho est arrivé et tentent de deviner ce qu'ils mangeront à midi. L'odeur nauséabonde ne semble pas les dégoûter et j'en entends même un dire : «  Ça me donne faim ! ».

 

Un peu plus tard, un des agents municipaux se présente dans l'encadrement de la porte. Il a l'air moyen patient. Sûrement avait-il quelque chose à faire de plus important que de fouiller les égouts à la recherche d'un malheureux trousseau de clés.

 

L'agent : C'est qui la p'tiote qu'a paumé ses clés.

 

Je lui montre.

 

L'agent ( dans un soupir) : On a trouvé des billes, des galots, un cahier du jour, un sandwich et un bracelet brésilien bleu... mais pas de clés.

Hubert : C'est mon bracelet. Mon vœu s'est réalisé. J'avais souhaité le retrouver quand il se décrocherait.

L'agent : T'avais un porte clés après tes clés. Ça nous aiderait.

 

Entre deux sanglots, on arrive à comprendre que oui, elle a un porte-clés. Un scoubidou apparemment.

 

L'homme retourne à la pèche.

 

Il réapparaît deux minutes plus tard avec son collègue, plus remonté que jamais.

Je sens qu'ils ont échoué et perdu leur temps. Je fais une tête de circonstance pour les remercier et m'excuser au nom de toute l’Éducation Nationale pour le dérangement.

Soudain, le gars brandit un scoubidou au bout duquel se balance un petite clé.

 

Je souris et regarde Lina, du genre, « Regarde et arrête de pleurer maintenant ! »

 

Du coup je ne comprends pas la tête de méchant que les deux employés se sont façonnés. Je tends la main pour prendre la clé et remarque alors ce qui les a mis en colère. A l'instar des 2 mecs qui se trouvent sur le pas de la porte, mes sourcils se froncent, un bouillonnement interne secoue mes entrailles du ventre jusqu'à la gorge, je serre les dents et les poings, puis me retourne le plus calmement possible vers Lina.

 

Moi (très sèchement) : Lina ! Mouche-toi ! Lève-toi ! Et viens remercier les messieurs qui ont retrouvé la clé de ton journal intime.

 

 

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Un petit souvenir de 1981 :

 


 
Par Walter - Communauté : BALOURDISES
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Lundi 2 mai 2011 1 02 /05 /Mai /2011 19:51

 

Qu'est-ce que je fous là ?

Un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Gulliver au pays des Liliputiens.

Mais qu'est-ce que je fous là ?

 

Ah oui ! Je sais. M. Jeanti. L'échange de service. Mes élèves qui reviennent de leur séance de sport avec mon collègue. Ils ont l'air ravi.

« C'était comment ? », mais je regrette déjà la question. «  Trop bien ! » «  Génial ! » « TTMSG » «On parle pas le SMS en classse ! » « Trop trop méga super génial ! »

Puis le coup de massue : « Même que M. Jeanti, il a couru avec nous. »

Et un autre. Encore plus fort : « Même qu'il court le cross avec ses élèves ».

 

Voilà ce que je fous là. Un peu d'amour propre. Beaucoup de fierté aussi. L’esprit de compétition sans doute.

Et me voilà en short avec mon T-shirt Heineken au milieu d'une centaine de mômes de 10 ans, dans l'attente d'un coup de feu qui nous lancera moi et tous les CM2 de la ville dans une folle course de 2 km.

Je suis mal à l'aise. Je me sens grand, maigre et poilu au milieu de cette masse juvénile. Je ne sais pas quoi faire de mes bras, de mes jambes. Heureusement un autre instit rejoint le groupe. Un concurrent très sérieux, apparemment. Il porte un T-shirt Kronenbourg.

 

PAN. C'est parti. PAN PAN PAN ! Faux départ.

Une classe retardataire arrive en trottinant. On les attend. Leur maîtresse se place sur la ligne de départ avec eux. Elle ne paie pas de mine avec son débardeur Hello Kitty. Pourtant, j'ai peur. Je vois, à son poignet, le même grosse montre qu'à celui de M. Jeanti. Sûrement une habituée de la petite foulée..

 

PAN ! Moment de flottement dans le groupe. Tout le monde se regarde. On n'est pas sûrs. Si ? C'est bon ? C'est parti.

 

Au début, les 3 adultes restent avec les mômes pour les accompagner, les encourager. Puis, assez vite, on commence à se jauger. Hello Kitty ne semble pas essoufflée. Elle prend la tête du groupe et se détache peu à peu.

Par solidarité masculine, Kronenbourg et moi, on court côté à côte. On passe devant le premier môme, mais Hello Kitty est déjà loin. Vous allez me traiter de machiste de base, mais je garde encore dans la bouche le mauvais goût des défaites contre les filles. Un saveur âpre qui date des cour de récré.

Du coup j'accélère.

 

Kronenbourg me suit mais va bientôt craquer. Il est sous pression. Je lui vois un peu de mousse à la commissure des lèvres. La déshydratation le guette. J'en remets une couche et me trouve bientôt à hauteur de la meneuse. Kronenbourg est distancé. Je n'entends plus sa respiration rauque derrière mes talons.

 

Plus que 500 mètres. Un passage devant les tribunes et on rejoint la piste pour un tour de stade.

C'est ici, devant les tribunes surchargées par tous les cycles III de la ville, que le drame se produit. J'entreprends de doubler Miss Hello Kitty pour prendre la tête de la course des CM2, quand soudain ma cheville gauche se tord et je perds l'équilibre.

 

Par réflexe, je m'agrippe dans ma chute,au débardeur rose de ma concurrente. Elle résiste. Le débardeur aussi. Plus tard j'apprendrai, par M. Jeanti qui a vu la scène depuis les tribunes, que j'ai bien fait de lâcher le débardeur avant que la poitrine opulente de la maîtresse n'explose au regard des mouflets réunis dans les gradins.

 

Je me ratatine par terre dans une glissade pitoyable et je me brûle le flanc sur le gravier, trouant alors mon T-shirt, dernière trace de ma débauche étudiante. De plus, ma cheville est douloureuse et je ne peux repartir qu'en claudicant pour le dernier tour de piste.

 

La honte d'avoir chuté devant les tribunes pleines n'est rien en comparaison de ce qui m'attend.

 

Un par un, mes élèves me doublent en me gratifiant d'un «  Allez Maître, c'est bientôt fini ! ». J'accentue alors le boitillement pour toute justification.

 

Pourtant je ne devrais pas dévaloriser leurs efforts et cet exploit de doubler leur maître. Je vois dans chacun de leur regard plus de fierté que lorsqu'on avait gagné le prix de la meilleure poésie collective, grâce à leur création « De la margarine sur le canapé » et que Mamar avait vomi dans la coupe en sortant du bus. Plus de fierté que lorsqu'il avaient vu leur photo dans le journal avec la légende suivante «Les enfants de CM2 ont interprété un classique de Mireille Matthieu lors du concert pour la paix. »

 

Alors, malgré la douleur fulgurante qui me scie la cheville, je trottine sans boiter et les encourage à chaque fois qu'ils me dépassent.

Cependant malgré tous mes efforts de ralentissement, Lina et Hubert ne me dépasseront jamais. Et les pauvres subiront l'anecdote de chacun des autres contant tour à tour « quand ils avaient doubler le maître. »

 

 

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Par Walter - Communauté : BALOURDISES
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Lundi 11 avril 2011 1 11 /04 /Avr /2011 18:26

 

Le souffle court et la foulée chaotique, je déambule en trottinant dans les allées gravillonneuses du parc municipale. Ma tenue est à la mesure de mon style de course. Un T-shit large logo-typé Heineken et qui offre au vent de face une résistance non négligeable. Une paire de baskets bon marché qui me donne l'impression de courir à la kényane, c'est à dire pieds nus. Et un vieux short de foot, vestige d'une période sombre de mon adolescence où j'occupais mes dimanches après-midi, assis sur un banc de touche à regarder mes « copains » jouer au foot et se passer fort bien de ma présence sur le terrain.

 

J'en suis à mon neuvième tour du petit étang, espérant tomber dedans, me procurant ainsi une excuse valable pour rentrer plus tôt à la maison. J'aperçois alors M. Jeanti, mon collègue, venant à ma rencontre dans une foulée fluide, aérienne et décontractée. Il s'arrête vers moi dans un superbe dérapage qui projette des gravillons.

 

M. Jeanti : Tu te promènes ?

Moi : Ben, je cours, oui..

M. Jeanti : Oui,enfin, tu trottines. Tu fais du combien ?

 

Pourquoi il me demande ça ? Il a pitié de mon équipement ? Il veut me prêter son ancienne paire de baskets ? Lui, qui se pavane avec les dernières Mizuno Tempo LD, un collant moulant assortir à un maillot respirant flashy qui lui sied à la perfection.

 

Moi : Du 42 un tiers... pourquoi ?

M. Jeanti : Pas ta pointure, ta vitesse. Combien à l'heure ?

Moi : J'en sais rien. J'ai pas de compteur.

 

Il me montre alors son compteur. Une espèce de montre grosse comme un oignon jaune accrochée à son poignet. On dirait une protubérance maligne qui se serait greffé à on bras et qui jure avec l’aérodynamisme ambiant du reste de son équipement.

Il m'explique qu'il peut connaître sa vitesse, le nombre de calories qu'il brûle, sa fréquence cardiaque. Que là, il est à 74 bpm mais que tout à l'heure il avoisinera les 173 bpm quand il sprintera dans la côte du Bois-Vert. Que si son cœur dépasse les 187 bpm, sa montre géante l'avertit par un signale sonore pour qu'il lève le pied.

 

M. Jeanti : Et toi ?

Moi : Et moi quoi ?

M. Jeanti : Ta FC, ta VMA, tes BPM, tout ça ?

Moi : …

 

Et le voilà parti dans un laïus sur l'inconscience du sédentaire lambda qui se lance dans le sport sans aucune préparation. Il râle sur le gouvernement qui colle des défibrillateurs à tous les coins de rue alors qu'il ferait mieux de mettre une police du sport qui contrôlerait tous les mecs qui font du sport sauvage. Et il m'engueule presque en me signalant que mes pompes ne valent pas trois sous pour courir et que je risque une tendinite voire une entorse et que tout ça , ça sera encore le trou de la sécu qui se creusera.

 

Et moi, je ne dis rien. Je jette des coups d’œil à mon chronomètre que j'ai pris soin de ne pas arrêter. Je chasse quelques moucherons attirés par notre âpre odeur musquée. Je shoote dans quelques cailloux et vise involontairement les canards de l'étang.

 

Soudain nos occupations respectives sont interrompues par une alarme stridente. Par réflexe, je me bouche les oreilles et cherche du regard quel abruti a pu s'asseoir sur le capot d'une voiture de sport.

 

Ne trouvant rien, je reporte mon regard sur mon interlocuteur. Je le vois alors en train de s'acharner sur son gros oignon jaune d'où semble provenir ce bruit assourdissant.

 

Je comprends alors que c'est sa montre qui sonne. Le pauvre M. Jeanti a viré au rouge pivoine pendant son sermon et son cœur a sans doute dépassé les 187 bpm. Et là, il galère pour éteindre son engin du futur.

 

Les regards des curieux se dirigent rapidement vers notre duo. J'aimerais me faire tout petit. J'hésite entre sauter dans l'étang pour me cacher sous la vase... et pousser mon collègue dans l'étang... pour le cacher sous la vase. Je cherche une troisième solution quand soudain l'alarme s’interrompt.

 

Je me retourne. M. Jeanti est assis en tailleur sur le sol et il commence à adopter la position du lotus.

 

Moi : C'est le seul moyen de l'éteindre, ta montre ?

 

Il me fait comprendre qu'il ne peut pas parler et je le laisse à sa méditation en repartant en courant après lui avoir fait un petit signe de la main.

 

Le lendemain, à l'école. Il m'explique que sa conscience professionnelle ne peut pas me laisser préparer ma classe au cross des écoles. « Vu ton niveau de compétence dans ce domaine, ce serait un massacre ». Du coup on se met d'accord sur un échange de service. Je ferai arts visuels dans sa classe.

 

Sa conscience professionnelle va sûrement en prendre un coup quand il s'apercevra de mes compétences artistiques.

 

 

 

http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTnVqDFt6kfMlEMK4nnhKBhrufloGSsYT9YARcpVoGFIqqdFYM30Q

Par Walter - Communauté : L'exutoire
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